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Eglises démolies, un phénomène marginal mais préoccupant

D'aucuns expliqueront que sept églises démolies en 2013, ce n'est qu'une goutte d'eau au regard des 100 000 édifices religieux que compte la France, un "ménage" presque salutaire en somme. Pourtant le phénomène est loin d’être anodin !

Un phénomène nouveau

De tous temps, certes, l'homme a détruit des lieux de culte. Les guerres, l'épuisement d'une religion (par exemple, les cultes païens) ou l'affrontement entre deux cultes furent les principales causes de ces démolitions. Enfin, de nombreux bâtiments furent, au fil des temps, démolis, partiellement ou totalement, pour être agrandis et magnifiés, à l'instar de nos cathédrales.

Notre époque est donc inédite : pour la première fois, nous détruisons des lieux de culte, sans cause apparente, qui laissent leur place à des parkings, restaurants, boutiques, square et immeubles d'habitation. Le message de ces démolitions est limpide : le religieux, le sacré, le patrimoine, le "non rentable" doit s'effacer devant le présent et ses exigences.

Saint André à Vierville sur Mer, détruite par les bombardements en 1944 et reconstruite à l'identique : les efforts de nos grands-parents étaient-ils inutiles ?

Escuser l'inexcusable

Excuser les destructions aujourd'hui, c'est donner aux destructeurs un blanc sein pour leurs projets futurs.

En effet, les destructeurs se présentent toujours comme de "bons gestionnaires", soucieux de l'équilibre des finances de leur commune qui ne pourrait, selon eux, pas supporter les travaux de restauration de l'église communale. Evidemment, tous oublient de signaler que le prix - exhorbitant - des restaurations ne découlent que du non entretien chronique de l'église et de leur volonté de "faire passer" la destruction aux yeux de l'opinion publique.

Ainsi, lorsque ce maire vendéen explique que la restauration de son église, estimée à 1.2 million d'euros, est trop chère pour la commune, les habitants, peu experts en matière de budget communal, le croient. Mais savent ils que le budget d'investissement de la commune est de 5 millions par ans, et que le moindre rond point coute la restauration de l'église, sans parler de la salle des fetes, du stade de football ou du Dojo intercommunal (celui de la communauté de commune "Campagne de Caux" - 17 000 habitants - coutera 2 750 000 € au contribuable) ?

Eglise ou rond point, un choix rarement laissé aux élécteurs !

Accepter la destruction en cours de l'église de Gesté, ce n'est, ni plus ni moins, que d'accorder aux maires le droit de tromper leurs électeurs, le droit de renoncer à l'essentiel (l'entretien de l'église étant une obligation des maires) au profit du superflu, certes plus rémunérateur électoralement parlant. Comment jugerait-on une mère de famille qui ne nourrirait pas ses enfants pour s'habiller dans des boutiques de luxe ?

L'arbre qui cache la foret

Cinq églises par ans, c'est peu de choses, effectivement, pour qui raisonne "à froid" et à l'échelle nationale. D'autant qu' l’on construit, chaque année, quelques églises, notamment dans les banlieues de nos métropoles. Mais la nouvelle église de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ne compensera pas, pour les Abbevillois, leur superbe église, détruite en février 2013 qui laissera sa place à un square municipal (au coût faramineux de 3.2 millions d'euros).

Enfin, soyons conscient que pour chaque église démolie, des centaines sont abandonnées par des élus qui attendent leur effondrement pur et simple. Le tout, évidemment, dans l'indifférence générale, et avec l'accord tacite de l'Etat, même pour celles protégées au titre des Monuments Historique. Cette année, au Ministère de la Culture, le budget alloué au patrimoine a baissé de 10 %.

Classée monument historique depuis 1846, léglise Saint Maclou de Bar sur Aube menace de s'effondrer. La commune, propriétaire, laisse faire. L'Etat aussi.