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Orgues de France : un patrimoine à sauvegarder

Aujourd’hui, l’OPR s’intéresse à un instrument à vent exceptionnel, qui fait vibrer depuis 1 000 ans nos édifices religieux. Situé au « cœur » de l’édifice, cet organe unique et majestueux, est indissociable de ces lieux de culte ; comme le montre bien les chiffres recueillis par Jean-Marc Cicchero.
La France regorge de 8 700 orgues, toutes catégories confondues.

L’orgue en quelques mots

Instrument de musique à vent, il est composé de nombreux tuyaux que l'on fait résonner par l'intermédiaire de claviers, en y introduisant de l'air au moyen d'une soufflerie.

Celui-ci est constitué globalement :

  • tuyaux.jpgd’une console, qui est le poste de commande de l’instrument, variable d’un à sept claviers (dotés entre 50 et 61 notes chacun) ;
  • de tuyaux, possédant diverses formes, produisant ainsi des sonorités variées ;
  • de sommiers, sortes de grandes caisses, structurées de manière à permettre l’accès de l’air aux tuyaux.

S’ensuit tout un vocabulaire spécifique à cet instrument complexe, telles que les différentes appellations pour les claviers ; pour ne citer que quelques exemples : le « grand orgue » désigne le clavier du bas, le second s’appelle le positif...

A la différence du pianiste, l'organiste dispose d’un pédalier, réplique exacte du clavier à une autre échelle bien sûr, et avec de larges touches de bois. Ce clavier-pédalier comporte 27 à 32 notes.

Ses caractéristiques et ses particularités

  • L’instrument dispose d’une grande diversité de taille : certains sont portatifs, tels que l’orgue bible et l’orgue régale, sont éventuellement transportables des orgues coffres et « orgues positifs »  (que l’on pose) ; ou fixes comme les grands instruments d’église ou de concert ;

orgue régale.png         orguepositif.jpg im-orgue-positif.png

orgue régale.jpg  orgue coffre.jpg régale.jpg

  • C’est le seul instrument qui peut offrir au musicien une console comportant plus de deux claviers ;
  • Bien qu’il ait existé des clavecins et des pianos avec pédalier, aujourd’hui tombés dans l’oubli, et en dehors de la batterie, l’orgue est le seul instrument à clavier qui se joue à la fois avec les mains et les pieds et qui dispose d’un grand pédalier permettant la virtuosité ;
  • Par ses nombreuses possibilités sonores, l’orgue peut jouer des œuvres composées pour orchestre en solo, avec des retranscriptions minimes.

Chaque grand instrument est un ouvrage unique. Il est adapté au local qui l’abrite, à sa destination musicale ou liturgique, à l’importance du budget qui a pu lui être consacré : par nature, l'orgue est fabriqué sur mesure, donc surtout à la main, et donc très coûteux.

Les orgues ont souvent un rôle décoratif important

Le buffet, dont les deux fonctions initiales sont de cacher et protéger, joue également un rôle essentiel de porte-voix et de résonateur ; il constitue souvent une œuvre d’ébénisterie très travaillée témoignant du style de son époque, alternant parties de menuiserie richement sculptée et espaces occupés par les tuyaux.

Dans la tradition française, le bois est généralement brut ; chez les Allemands, les Italiens, les Hollandais, la décoration fait souvent appel à la peinture et la dorure. Les décorations y sont parfois exubérantes.

En France, les buffets sont fortement marqués par l’architecture brabançonne où l’on associe le positif de dos (petit buffet au bord de la tribune) au grand orgue et à la pédale (buffet en arrière sur la tribune et de plus grandes dimensions) avec la console située entre les deux.
Dans la facture moderne, le buffet est souvent assez dépouillé et tend à mettre en valeur les tuyaux de montre comme principal élément décoratif.

Historique

On trouve la trace des premiers orgues au IIIème siècle avant J.C. Ce serait un grec, Ctesibios, qui aurait imaginé un système permettant de souffler de l'air dans des tuyaux. Son mécanisme, hydraulique (l'eau donnait la pression), lui a donné son nom : l'hydraule.
Par la suite, le mécanisme devient pneumatique et l'orgue hydraulique est abandonné.

L'histoire de l'orgue a été une suite de succès, d'oubli, d'amour et de haine. L'Église l'a appelé la "cornemuse du diable" et des organistes ont été excommuniés.

L'orgue était largement répandu au Moyen Age sous forme de petits portatifs, ou de « positifs », instruments plus lourds      « posés » sur pieds. Evocations poétiques, enluminures, sculptures et vitraux en rapportent d'abondants témoignages.

Au cours des siècles, l’orgue devient cependant l’instrument d'église. La loi du toujours plus y a fait des merveilles. Toujours plus de jeux, toujours plus de puissance, toujours plus de notes, de claviers... Certains orgues sont vraiment gigantesques, des centaines de tuyaux, certains faisant plusieurs mètres de haut (d'ailleurs, on les mesure en pieds).

L’âge d’or (XVIème-XVIIème)

L'esthétique diffère entre pays protestants et catholiques : chez les protestants (quand il est toléré), l'orgue doit avant tout introduire, accompagner et conclure le chant par voix humaine des chorals luthériens. Chez les catholiques, l'orgue alterne avec la schola (chorale) dans un rôle de soliste qui demande des jeux brillants et éclatants.

Le Romantisme

Après la tourmente révolutionnaire où bien des orgues de France furent détruits, spoliés, Aristide Cavaillé-Coll s'illustre en construisant en 1841 l'orgue monumental de l'église abbatiale de Saint-Denis (ainsi que ceux de Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Lorette, la Madeleine, Nancy, etc.). Respectant la disposition et l'harmonie classiques, il améliore l'alimentation en vent pour différencier les pressions selon les besoins.

L'orgue contemporain

On peut dater du congrès international de Strasbourg, en 1932, la renaissance de l'orgue classique. Victor Gonzalès, ancien harmoniste de Cavaillé-Coll, représente en France ce qu'on appelle l'orgue néo-classique, faisant une synthèse de l'orgue classique français et de l'orgue romantique. L'innovation essentielle est l'emploi de l'électricité pour le tirage des registres, la préparation à l'avance de plusieurs registrations, parfois aussi la commande des notes, ce qui permet d'avoir des consoles mobiles parfois très éloignées du corps principal.
En France, la dernière mode organistique consiste à protéger les rarissimes instruments historiques. De tels témoins - citons l'orgue de Silbermann Ebersmünster à Marmoutier, celui d'Isnard à Saint-Maximin-de-Provence, le Clicquot de Poitiers et quelques dizaines d'autres merveilles - doivent être entretenus avec scrupule, témoins indispensables pour retrouver fidèlement la littérature écrite pour eux.

Même si son usage est plus fréquent dans les édifices religieux, il n’en est pas moins utilisé en-dehors de cet environnement.

Les orgues en France : 8 700 instruments à préserver

Selon l’étude de Jean Marc Cicchero, la France devrait posséder autour de 8 700 orgues au total en 2012, dont 16% sont classés aux Monuments Historiques. Le département du Bas-Rhin (67) dispose du plus grand nombre d’orgues, à savoir 809 orgues dont 113 classés ; tandis que la Lozère (48) n’en possède que 7 dont un classé – situation peut-être due à la perte de 45% de sa population entre 1881 et de nos jours.
L’Alsace et la Loraine sont au top du classement, avec 1 284 et 1 062 instruments ; le Limousin, quant à lui, est le plus pauvre avec 41 instruments.

Bien que la prédominance de cet organe, se concentre dans les églises il n’en est pas moins présent dans d’autres endroits ; certes, à une échelle beaucoup moins importante, mais présente tout de même.
Même si cette prépondérance s’effectue dans les lieux de culte (représentant 84%), l’harmonium est également très prisé dans les salons et les écoles ; en effet, seuls 23 départements sont dépourvus de cet organe pour les salons et seulement 19 pour les écoles, soit 5% et 3%.

J-M Cicchero a recensé :

  • 6 743 orgues dans les églises
  • 543 orgues dans les temples
  • 396 orgues de salon (ou privé)
  • 307 divers (synagogues, hôpitaux, musées…)
  • 278 dans les écoles
  • 254 dans les communautés
  • 161 dans les conservatoires

Un aussi grand nombre d’orgues, en France, requiert donc une attention particulière de conservation et de préservation, si nous voulons préserver ce patrimoine religieux présent au sein de nos églises depuis des siècles.

 

A lire: Les orgues de Paris, Béatrice de Andia

 

 

Source: orgue.volutes-abstruses.com ; Jean Marc Cicchero, L'implantation des orgues en France, 2012