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La Mecque perd elle son âme ?

Depuis dix ans, des édifices historiques sont rasés à la chaîne pour laisser place à des complexes immobiliers, toujours plus haut, plus vastes et plus luxueux.

makkah-lamecque.pngLa Mecque se transforme. Du haut de ses 600 m, le plus grand cadran d’horloge du monde en est l’un des témoignages. L’immeuble qu’il couronne est la tour horloge la plus haute jamais construite, on peut la voir à 30 km à la ronde : l’Abraj Al-Bait se dresse au-dessus de la sainte mosquée de La Mecque, au cœur spirituel du monde Islamique. Ce palais, un tant soit peu m’as-tu-vu, est le refuge d’une série d’hôtels, d’appartements de luxe et de cinq étages de galeries marchandes. Après 15 milliards de dollars d’investissement, les travaux ont pris fin l’année dernière. L’Abraj Al-Bait se dresse à l’emplacement de la forteresse Ajyad, forteresse ottomane, datant de 1781, qui avait pour ambition de protéger la cité des brigands et des envahisseurs, sa destruction avait provoqué une indignation mondiale en 2002.

Sami Angawi, architecte et fondateur du Hadj Research Center de Djeddah, étudie depuis 30 ans les bâtiments historiques de La Mecque et de Médine qui ont presque tous disparus aujourd’hui. La Maison de Khadidja, la femme du Prophète par exemple, a été démolie pour laisser la place à des toilettes publiques, un hôtel Hilton trône maintenant à la place de celle d’Abou Bakr, le compagnon du Prophète. « On est en train de faire de la ville Sainte une machine, une cité qui n’a ni identité, ni patrimoine, ni culture, ni environnement naturel.» déplore monsieur Angawi.

Sur le flanc ouest de la ville pointent les premières tours du complexe Jamal Omar, nouvel ensemble qui peut accueillir 100 000 personnes, une galerie de 4000 boutiques, 500 restaurants et une salle de prière de six étages.

Un autre grand ensemble doit voir le jour sur le côté nord de la Grande Mosquée, un projet de 10 milliards de dollars ayant pour motivation de fournir 400 000 mètres carrés supplémentaires de salles de prières. Ce bâtiment permettra de recevoir 1,2 millions de visiteurs de plus chaque année. Mais le prix a payer est grand : « C’était la partie la plus historique de la vieille ville, et tout a été rasé » regrette Irfan Al-Alawi, dirigeant de l’Islamic Heritage Research foundation, organisme du Royaume-Uni, et qui s’emploie, parfois en vain, à défendre les sites historiques de son pays.

Les projets de construction à Jabal Khandama, sur les collines de l’est, seront probablement la raison de la destruction du site de naissance du Prophète Mahomet, nous apprend monsieur Alawi. Pour lui cette destruction du patrimoine islamique est alimentée par la Wahhabisme, religion d’Etat, interprétation dure de l’islam, selon laquelle les sites historiques encouragent l’idolâtrie. « Dans nul autre endroit du monde, constate Sami Angawi, on attaquerait au bulldozer avant même d’avoir décidé d’un plan d’urbanisme. Mais nous pouvons encore tout arrêter, il n’est pas trop tard si nous ne voulons pas que le caractère saint de La Mecque soit à jamais détruit. »

D'après un article du Courrier International (n°1154 du 13 au 19 décembre 2012)