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Une architecture caractéristique du département de l'Eure: les façades en damier

Historique

Après recensement d'une partie du département de l'Eure (27) mais également après étude de son patrimoine religieux et architectural, nous remarquons avec intérêt une spécificité architecturale propre à ce département de région Haute-Normandie, à savoir, des constructions en craie (parfois remplacée par du grès), en brique et silex agencés tel un échiquier, tel un damier.


La construction en bichromie (en damier): une spécificité architecturale et décorative du département de l'Eure

Nous parlerons ici de spécificité architecturale, le «damier» étant reconnu comme remarquable et typique de cette région. Ce mariage de craie et de silex est caractéristique du XVIème siècle, mais surtout propre à l'habillement extérieur des églises du département de l'Eure. On constate donc une évidente volonté de stylisation des édifices, une recherche d'une certaine esthétique, privilégiant avant tout l'aspect décoratif du bâtiment.


Cettte esthétique présente donc un damier tantôt noir et brun (la couleur rouge brune étant du à la richesse en fer de la terre, d'où sont extraites les pierres de construction), tantôt noir et blanc, grace au mariage de la brique et du silex ou bien de la craie et du silex. Cette spécificité architecturale et décorative n'est pas sans faire écho à un jeu de société émergeant dès le Moyen-Âge : le jeu d'échec.
L'échiquier noir et blanc ou noir et brun est parfois substitué au profit d'armoiries, blasons ou calices.

Prenons l'exemple de l'église de Saint-Grégoire du Vièvre : nous voyons bien ici une église de plan allongé (plan récurrent dans le département l'Eure) constitué de plusieurs corps de bâtiments de hauteur différente, le premier présentant un damier de craie et silex, donc noir et blanc.

Sur l'illustration de droite, nous voyons bien ces motifs figurés représentant une sorted'animal ainsi qu'un homme. Plusieurs interprétations ont été émises comme celle de la représentation de partisans des sciences occultes ou d'alchimistes. Outre une interprétation problématique, il faut noter le travail minutieux et remarquable des motifs ainsi que des détails. Il est aussi intéressant de constater que, dès le XVIème siècle, paroissiens et/ou pèlerins viennent graver, à même la craie, des croix et autres symboles religieux, utilisant le murs des églises. Ces incisions sont relevées surtout en partie basse de l'édifice.


Parfois, le grès remplace la craie. A l'église de Mesnil-sous-Vienne, située à l'est du département de l'Eure, les deux matériaux sont présents: l'appareil en damier est fait de silex noir, de brique, de craie et de grès rouge sombre - fait assez rare pour la région, le grès du Sud de l'Eure étant plus gris-orangé, voire rose.


Une constrution délaissant la stabilité au profit de l'esthétique

Si ces édifices remarquables sont caractéristiques du département de l'Eure et plus largement de la Normandie, c'est avant-tout pour leur «style» innovant, dans une recherche du goût mais surtout du beau. Toutefois, les édifices les plus élégants ne sont pas forcément les plus stables. Il faut savoir et être sensibilisé au fait que lorsqu'un silex se dérobe de la maçonnerie, il peut en entraîner d'autres avec lui: il est donc essentiel d'attacher de l'importance à la sauvegarde de ces bâtiments.


L'importance de la taille du silex

Il faut savoir qu'un silex est taillé d'une manière particulière, propice à l’emboîtement des matériaux les uns dans les autres. On parle de taille en «tête de chat» c'est-à-dire que l'on va tailler cinq des six côtés du silex. On va également faire disparaître quasi-totalement le joint de manière à ce que les silex soient posés sans laisser apparent ce joint. Si un silex se détache de la maçonnerie, il sera quasi impossible de le remettre en place sans démonter une partie importante de la construction...


Une spécificité utilisée dans l'architecture civile

Après avoir partiellement recensé le département de l'Eure, nous avons constaté que cette spécificité ne s'appliquait pas qu'aux édifices religieux mais également à des bâtiments publics comme des bibliothèques municipales ou encore à des bâtiments privés comme des maisons. Prenons l'exemple des villes de Verneuil-sur-Avre et de Bernay. Nous pouvons citer la bibliothèque municipale Jérôme Carcopino de Verneuil-sur-Avre, mais également le musée de la ville de Bernay, présentant un "damier" sur la quasi-totalité de leur façade.

 

En feuillantant l'ouvrage de Monsieur Perouse de Montclos, Le Patrimoine en Normandie (ed. Place des Victoires, 2008), nous remarquons un édifice privé présentant également cette spécificité architecturale. Il s'agit du Château de Criqueville-en-Auge dans le Calvados (14), édifié à la fin du XVIème siècle :

 

Bibliographie:

POULAIN F., Le damier des églises de l'Eure, Connaissance n°97, 2013 ("Le dire de l'architecture des bâtiments de France, Les Essentiels", service
territorial de l'architecture et du patrimoine de l'Eure. DRAC de Haute-Normandie)