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Eglise de Lau (Gers)

Les nombreux mystères de l’église de Lau - violation de sépulture, mobilier disparu, bisbille autour de la propriété : plusieurs affaires affectent ce lieu de culte perdu dans la pampa gersoise.

 

Il y a une éternité que personne n'y a plus confessé le moindre péché. L'église de Lau, perdue sur la départementale 152 entre Laujuzan et Magnan, petites bourgades armagnacaises de l'Ouest gersois, renferme pourtant bien des mystères. Et seules les voies judiciaires pourront apparemment rendre pénétrables les énigmes qui entourent le lieu de culte.

Les squelettes évanouis

Par l'interstice laissé par la porte barrée, on distingue encore quelques stigmates du chantier qui a bouleversé l'édifice. C'était en 2008. La municipalité de Laujuzan y effectue alors des travaux. L'histoire ne dit pas encore clairement pourquoi… Mais le résultat demeure pour le moins surprenant, voire lugubre.

Une partie du mobilier ancien aurait disparu et, surtout, les ossements des ancêtres de la famille d'Estalenx, propriétaire du château jusqu'en 1924, enterrés sous la dalle depuis des décennies ou des siècles, se seraient également volatilisés. Des photographies prises alors par les artisans du chantier témoignent qu'ils ont bien été exhumés de leur dernière demeure.

Depuis quatre ans, les descendants d'Estalenx qui viennent se recueillir dans ce qu'ils appellent leur chapelle ont donc droit à un tombeau vide. Mystère, mystère. De ces travaux et troublantes disparitions, le maire ne souhaite pas dire le moindre mot.

L'un de ses adjoints, peu disert sur le sujet, avance tout de même une explication : « Pour récupérer un tableau, transféré depuis à l'église de Laujuzan, les ouvriers ont dû faire une saignée dans le sol. À la suite de ça, la chapelle a été visitée… » Et plusieurs biens auraient été dérobés par des âmes peu catholiques.

La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Toulouse s'est emparée rapidement du dossier en déposant une plainte contre le maire, Claude Senac, pour avoir, sans autorisation, fait déménager le « retable » classé au titre des Monuments Historiques et arraché un bénitier ainsi qu'un blason sculpté. L'affaire, longtemps restée aux oubliettes, devrait être traitée devant le tribunal correctionnel d'Auch la semaine prochaine (1). La violation de sépulture, également, sera au menu de la justice auscitaine très prochainement.

Autel classé depuis 1972

L'affaire ressemble à une succession de maladresses. À l'époque, en tout cas, les Amis des églises anciennes du Gers s'étaient émus de la décision municipale de demander la « désaffectation » de l'église de Lau pour pouvoir la vendre. Elle « n'est ni un lieu de culte insignifiant, ni une chapelle castrale, encore moins une propriété privée en tout ou partie, mais l'église d'une ancienne paroisse et, en tant que telle, un bien de la communauté », pouvait-on lire sur leur bulletin.

« Elle est à la charnière entre art roman et art gothique, explique encore aujourd'hui le président Louis Meunier-Rivière. Elle a une grande valeur historique. »

Elle est inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1981, et son autel entier serait classé depuis 1972. Au moins, le maire et Louis Meunier-Rivière s'accordent sur un point : l'église appartiendrait bien à la commune de Laujuzan.

Car l'édifice est également au cœur d'une bisbille entre la municipalité et l'actuel propriétaire du château de Lau, Steve Clark, ingénieur de piste de l'écurie de formule 1 Ferrari et appartenant à la famille de l'ancien grand champion automobile Jim Clark. Le Britannique estime être détenteur de la chapelle, celle-ci se situant sur son domaine. « Cela n'a jamais été une chapelle mais une église, rétorque Claude Senac. Avant 1870, les châtelains de Lau l'ont remise à la mairie. Depuis, nous avons toujours eu la clé. »

Selon l'Association des amis des églises anciennes du Gers, nul doute, « le livre terrien de 1701 distingue nettement le château […] des possessions de la commune, en particulier l'église. […] Au moment où la commune de Lau fut supprimée, son église revint de droit à la commune de Laujuzan, propriété confirmée par l'Inventaire de 1905 ».

Un autre procès

Une quasi-certitude, donc, qui pourrait néanmoins accoucher d'un autre procès. Reste désormais à éclaircir les nombreuses zones d'ombre entourant ce curieux chantier.

Où sont les biens qu'abritait l'édifice ? Que sont devenus les ossements ? Pourquoi la justice a-t-elle mis autant de temps à s'intéresser à cette affaire ? Et pour quelles raisons de nombreux protagonistes se montrent-ils si discrets, voire muets ?

Selon nos informations, une demande de report d'audience aurait été formulée soudainement. Les petits secrets du passé récent et trouble de l'église de Lau ne sont visiblement pas encore près d'être déterrés.

 

Source : Sud-Ouest, le 18 janvier 2013