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L'avenir de deux églises rouennaises menacé: Saint-Nicaise et Saint-Paul

Les églises Saint-Paul et Saint-Nicaise, fermées au public depuis plusieurs années, sont en cours de désaffectation du culte. Quel avenir pour ces deux églises?

Pour la petite histoire…

L'église Saint-Nicaise

L’église Saint-Nicaise fut initialement construite au XIIIe siècle. Plusieurs fois remaniée jusqu’au XVIe et fermée pendant la tourmente révolutionnaire puis rouverte au culte en 1806, elle fut victime d’un incendie en mars 1934, ce qui nécessita sa reconstruction partielle par les architectes rouennais Pierre Chirol et Emile Gaillard. Les collatéraux des XIVe et XVe siècles, ainsi que le chevet à pans en pierre, du XVIe siècle (édifié entre 1538 et 1561) ont heureusement été épargnés. Les travaux, qui concernèrent la nef et sa coupole de 35 mètres de haut, la façade antérieure et la tour-clocher de 57 mètres de haut, s’échelonnèrent jusqu’en 1937. L’église est bénie en 1940, et bénéficie d’une inscription aux Monuments Historiques depuis 1981.

Son originalité réside dans le fait qu’elle est l’une des premières églises françaises à avoir été édifiée en béton armé, bien que reprenant les formes gothiques initiales. Aujourd’hui, le béton se désagrège, et l’église est fermée au public depuis 2002 pour des raisons de sécurité. Des étais sont placés contre les murs pour éviter l’effondrement de l’église, et quelques chutes de pierre sont encore parfois à signaler… Les travaux sont estimés à dix millions d'euros (source: France3tvinfo)… et la restauration de l’édifice n’avait pas été inscrite au budget du premier plan patrimoine de la ville en 2012, et ne sera pas non plus prévue au prochain plan de sauvegarde des monuments rouennais.

 

L'église Saint-Paul

D’origine romane, l’église Saint-Paul dépendait initialement d’un prieuré, supprimé au XVIIe siècle ; l’église devint alors paroissiale. En 1793, l'église est fermée puis rendue au culte en 1802. Victime des guerres de Religions et du vandalisme des Calvinistes, elle fut reconstruite à la fin du XVIe siècle et dans le premier quart du XVIIe siècle avant d’être totalement réédifiée entre 1827 et 1829, puis à nouveau entre 1890 et 1894 par l’architecte Barthélémy. Du XIe siècle, il ne subsiste aujourd’hui que l’ancien chœur aujourd’hui transformé en sacristie, et les chapelles absidiales, classés depuis 1926 aux Monuments Historiques. Son emplacement, au pied de la côte Sainte-Catherine et du pont Mathilde, au cœur d’un nœud routier qui rend son accès très ardu voire dangereux, avait entraîné sa fermeture il y a plusieurs années.

Quelle vocation pour ces deux églises ?

Un avenir tourné vers les promoteurs immobiliers...

Les deux églises sont en cours de désaffectation : après avoir reçu l'accord du diocèse, le conseil municipal de la ville s'est réuni en mars 2015 pour voter la désaffectation. Un arrêté préfectoral scellera définitivement le sort de ces deux édifices. Leur désaffectation du culte entraînera leur passage du patrimoine public au patrimoine privé de la commune, qui pourra alors opter pour deux solutions: la vente ou la démolition (normalement impossible en cas de sauvegarde aux Monuments Historiques, mais plus courante que prévue, dans les faits...). 

Ainsi, ces églises ont devant elles un avenir plus qu’incertain… La procédure de désaffectation ouvre en effet désormais la voie à leur mise en vente à des promoteurs privés. L'argument des collectivités locales: leur restauration ou leur rénovation entraîneraient des coûts trop importants pour le budget de la ville... qui consacre l'essentiel de ses dépenses d"investissement (estimées à 42,3 millions en 2015, source budget de la ville) pour l'amélioration des équipements culturels, sportifs et scolaires; aucune priorité, donc, en ce qui concerne ses édifices religieux, alors que la commune en possède près de 30 (source OPR). Le maire de Rouen, Yvon Robert, n’a d’ailleurs eu aucune hésitation quand il est sorti du conseil municipal ayant mené à la désaffectation des deux églises : « mon souhait serait de trouver une utilisation qui ne soit pas publique ». Ainsi, le sort de ces deux églises pourtant protégées au titre des Monuments Historiques a suscité la plus grande indifférence des élus, tant locaux que départementaux ou régionaux: si le maire ne souhaite pas, pour l’instant, raser ces églises, elles n’en demeurent pas moins en sursis : il espère qu’elles seront vendues à des promoteurs immobiliers.

L’église Saint-Nicaise, située près des jardins de l’Hôtel-de-Ville, jouit d’une situation agréable qui pourrait attirer les professionnels de l’immobilier. Cela n’aurait en outre rien de novateur, quand on sait que dans les années quatre-vingt, le bailleur social Rouen Habitat avait converti ancien couvent et chapelle en dix-sept appartements, rue Saint-Hilaire… Les promoteurs immobiliers ont par ailleurs également montré un fort intérêt pour l’ancien couvent situé près de la fontaine Sainte-Marie ainsi que pour le couvent Sainte-Barbe à Canteleu… Ce mouvement de fond s'intensifie malheureusement, menant, irrémédiablement, à la disparition...

Une mort prochaine pour l'église Saint-Paul?

Quant à l’église Saint-Paul, de par sa situation géographique peu attrayante - son enclavement par le flot de circulation suscité par le pont Mathilde qui la rend inaccessible pour l’heure - , elle pourrait ne pas susciter la convoitise des promoteurs privés, et voir son existence "rasée"… Déjà, il y a quelques années, l’idée d’y installer un institut de formation des métiers du fer avait été soulevée puis rapidement écartée, jugée trop coûteuse…

 

Quel devenir pour le mobilier liturgique?

Enfin, qu’en sera-t-il du mobilier liturgique de ces deux églises, constituant un patrimoine historique à ne pas négliger ? En effet, l’église Saint-Nicaise abrite un orgue de très belle facture, qualifié de l’un des plus beaux de Haute-Normandie par les organistes.

 

 

Le sort de ces deux églises est un nouveau témoignage de la braderie dont fait trop souvent l’objet le patrimoine religieux.

 

                                                                                                       Justine Gourbière

Sources

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/2745499/eglises-a-vendre#.VSZX1vmsW-0

http://france3-regions.francetvinfo.fr/haute-normandie/2015/03/29/insolite-dans-l-eglise-saint-nicaise-desaffectee-689911.html

 

http://france3-regions.francetvinfo.fr/haute-normandie/2015/03/26/deux-eglises-sont-vendre-rouen-687779.html

 

 budget prévisionnel de la ville de Rouen: http://fr.calameo.com/read/0040226507fe835f03e03