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Une église défigurée !

Construite au XVIe siècle et classée Monument Historique depuis le 2 avril 1975, l’église Notre-Dame-de-Pitié à Puteaux vient d’être repeinte de couleurs vives, et ce en totale illégalité.

Rappel historique

La première mention que l’on ait de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié remonte à 1523, quand il ne s’agissait que d’une petite chapelle avant qu’elle ne soit érigée en paroisse en 1717. L’église fut entièrement restaurée au cours du XIXe siècle par l’architecte Paul Eugène Lequeux, qui érigea une nouvelle façade. En 1946, l’église est très dégradée, et est interdite au culte pour des raisons de sécurité. Le clocher, qui avait été édifié au XVIIe siècle, est abattu en 1954 parce qu’en ruines. L’église est classée Monument Historique le 2 avril 1975, puis restaurée afin d’être rouverte au culte en 1985.


Nature des travaux réalisés

A leur retour des vacances de Noël, les paroissiens de l’église Notre-Dame-de-Pitié ont eu la désagréable surprise de découvrir que leur lieu de culte avait été repeint : le chœur est devenu rouge vermillon, plusieurs pans de murs (comme celui derrière l’orgue) ainsi que le bénitier ont été recouverts de violet et plusieurs statues en bois ont été repeintes en jaune-beige, d’autres ayant été retirées de l’édifice ! Ces travaux, décidés par la municipalité, ne correspondent en rien au style de l’édifice, qu’ils dénaturent profondément ; en outre, ils risquent d’endommager gravement la pierre qu’il va falloir remettre en état. La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) d’Île de France, qui n’avait pas été consultée, a décidé de lancer une enquête.
Après une absence de réaction de la mairie, celle-ci a finalement cherché à justifier son attitude et le bien-fondé de sa « création artistique » (sic). Il s’agirait, ainsi, « d’une mesure de sauvegarde, d’entretien et de réfection à la suite d’infiltration d’eau » sur les murs… Mais cette action, décidée et menée en solitaire, pose de sérieux problèmes juridiques car elle n’avait pas reçu l’aval de la DRAC : si ces projets de travaux avaient été validés, elle en aurait alors confié la maîtrise d’œuvre à un architecte en chef des Monuments Historiques ou bien à un architecte des Bâtiments de France.


Une procédure illégale

Ces travaux, réalisés au cours des vacances scolaires dans la précipitation et le non-dit, sont illégaux puisque effectués sans autorisation préalable du préfet, sous l’autorité duquel est placée la DRAC. En effet, le code du patrimoine spécifie qu’un immeuble classé ne peut « être l’objet d’un travail de restauration, de réparation ou de modification quelconque, si l’autorité compétente n’y a donné son consentement. L’autorité compétente est le préfet de région, à moins que le ministre chargé de la culture n’ait décidé d’évoquer le dossier ». Or, la DRAC a confirmé ne jamais avoir octroyé son accord pour de telles modifications. Par ailleurs, comme le rappelle Maud Cassanet, responsable du département d’Art sacré au sein de la Conférence des évêques de France (CEF), « toute église érigée avant 1905 – et la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat – est propriété de la commune mais affectée au culte ». Ainsi, selon ce régime d’affectation, le bâti tout comme le mobilier dévolus au culte ne peuvent être aménagés, restaurés ou transformés sans consultation préalable entre le propriétaire (la commune de Puteaux) et l’affectataire, c’est-à-dire le curé de la paroisse (Alain Lotodé), qui lui non plus, n’a jamais eu vent de ces travaux.


Les risques encourus par la municipalité

Ainsi, le directeur adjoint de la DRAC d’Île de France, Jean-Pascal Lanuit, a l’intention de faire un signalement au procureur de la République pour « violation du code du patrimoine ». Si la présomption d’acte délictueux s’avérait confirmée (la qualification comme telle relèvera d’un juge), cette affaire risque de coûter très cher à la municipalité et sa maire, Joëlle Ceccaldi-Raynaud. Elle avait déjà fait subir, il y a quelques années, ses goûts pour le moins douteux à cette église classée, qui avait alors été ceinte d’une grille… A ce sujet, le code pénal est formel (article 322-3-1) : «la destruction, la dégradation ou la détérioration est punie de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende lorsqu’elle porte sur un immeuble ou objet mobilier classé ou inscrit en application des dispositions du code du patrimoine».

 

L’Observatoire du Patrimoine Religieux déplore ce nouvel exemple de l’interventionnisme abusif d’une municipalité, ici celle de Puteaux, et s’indigne du non-respect des lois alors en vigueur et du peu de considération apportée aux édifices cultuels, qui, au-delà de leur utilisation liturgique, sont avant tout des témoins majeurs de l’histoire de notre pays, et une composante essentielle de notre patrimoine. A quand des églises recouvertes de graffitis et autres « tags » ? Qui va payer pour la remise en état de cette église aujourd’hui défigurée? Si nous ne sommes pas dans une émission de divertissement de mauvais goût, ce que vient de subir la petite église Notre-Dame-de-Pitié en a tout l’air : il n’aura malheureusement fallu qu’une seule semaine de travaux pour tout changer, et peut-être détériorer irrémédiablement cet édifice classé.

 

Sources et bibliographie

base Mérimée du ministère de la Culture, n° inventaire IA00118689 et PA00088134
www.la-croix.com/Religion/Actualite/Une-mairie-ne-peut-decider-seule-des-travaux-dans-une-eglise-2015-01-27-1273453
www.fdesouche.com/556629-puteaux-92-mairie-repeint-leglise-classee-du-xvie-siecle-en-rouge-violet-autorisation
www.lefigaro.fr/culture/2015/01/23/03004-20150123ARTFIG00280-une-eglise-classee-repeinte-facon-valerie-damidot.php#xtor=AL-155-%5BFacebook%5D
www.metronews.fr/paris/eglise-du-xvie-siecle-repeinte-en-mauve-rouge-et-jaune-puteaux-va-devoir-s-expliquer/moay!wuPSXpFhNI6Rc/
www.latribunedelart.com/une-eglise-classee-repeinte-en-rouge-et-mauve-a-puteaux