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La chapelle de l’hôpital Général de Dijon : une future vinothèque ?

C’est l’actualité qui fait débat en ce moment à Dijon. D'ici la fin de l'année 2014, l'hôpital général de Dijon cessera toute activité médicale. Tous les services auront déménagé vers le site du Bocage, et ce patrimoine hospitalier exceptionnel va s’en trouver bouleversé. Dans le cadre du projet de Cité gastronomique de la ville de Dijon, la chapelle risque de devenir un lieu de commerce de vins.

L’hôpital de Dijon : une histoire de plus de 800 ans


Il s’agit du plus vieil hôpital de Dijon, fondé par le duc de Bourgogne Eudes III (1166-1218) en 1204. L’édifice fut confié à l’ordre hospitalier du Saint-Esprit de Montpellier, fondé vers 1180 par Guy de Montpellier (1160-1209) dans le but d’aider « tous les déshérités de la vie ». Il accueille ainsi malades, pauvres, enfants abandonnés et pèlerins. Par crainte des maladies contagieuses, l'hôpital est à l'époque situé à l'extérieur dans des faubourgs de la ville, sur une île de l’Ouche dont plusieurs bras sont comblés.


Au fil des siècles, beaucoup de bâtiments ont été remaniés ou détruits comme en 1782 et 1783,lors de la disparition de l’ordre hospitalier après la mort du dernier commandeur Dom Calmelet, prieur de l'hôpital de 1741 à 1773 († 1777). Au cours du XIXe siècle, l’hôpital connait de multiples aménagements, témoins de sa modernisation et de la révolution médicale générale qui s’opère à cette époque.


Un hôpital : deux chapelles


 

La chapelle dite « Sainte-Croix-de-Jérusalem » est l’ancienne chapelle du cimetière de l’hôpital du Saint- Esprit, et se trouve dans l'une des cours de l'hôpital général de Dijon. Elle est construite à la fin du XVe siècle et sera réaménagée aux XVIe et XVIIe siècles. Elle est classée Monument Historique en totalité depuis 1908 et abrite désormais un petit musée.

 

 

 

Celle qui nous intéresse ici est celle que l’on dénomme « Grande chapelle ». Elle a été aménagée dans l’ancienne grande salle des malades construite dès 1504. Cette grande salle d'une longueur de 90 m est à l'origine du second hôpital, dit "Notre Dame de la Charité", bâtit au XVIIe siècle. La Grande chapelle est plus récente que la chapelle de Jérusalem et bénéficie d’une moindre protection : seul l'autel majeur et la clôture du chœur de la Grande chapelle sont inscrits par arrêté du 11 avril 2007.


La façade fut dessinée par Martin de Noinville en 1690, qui proposa un portail encadré de doubles colonnes ioniques surmontées d’une corniche semi-circulaire qui encadre un vaste oculus surmonté d’allégories de la Foi et l’Espérance. L’ensemble est complété par une personnification de la Charité (une femme accompagnée d’enfants), et une guirlande de fleurs encadrant l’oculus, qui sont attribuées au sculpteur Jean Dubois. Le mur campanile surmontant la façade est l'oeuvre de l'architecte Petit qui l'ajoute en 1843. La chapelle ne possède qu'une nef, couverte d'une voûte de bois, et fut consacrée en 1845 par Monseigneur Rivet, évêque de Dijon.


Quelles transformations pour l’hôpital et sa chapelle ?


L’avenir de la chapelle fait écho à celui de l’hôpital qui va cesser toute activité à la fin de l’année. Les différents services devraient déménager dans le nouvel hôpital Bocage central. Toutefois, le planning définitif de transfert des derniers services et de fermeture du site par le CHU « n’est pas encore arrêté », précise à ce sujet la direction de l’établissement. Bien sûr, le CHU souhaite que ce patrimoine, soumis à l’autorité de la DRAC, reste accessible au public, et qu’il demeure à Dijon, mais il est plus que probable qu'à l'avenir la totalité de cet héritage ne reste pas visible dans sa configuration actuelle. Par exemple, le déménagement de l’apothicairerie, actuel bureau d’un cadre hospitalier, a été récemment envisagé au musée de la Vie bourguignonne. Il n’a pas été possible pour une question de hauteur de plafond, mais reste d’actualité.


Le sénateur-maire François Rebsamen déclarait dernièrement que la ville avait besoin d’investisseurs privés pour le projet de future Cité de la gastronomie. En se constituant « le pôle de référence en matière de valorisation et de promotion de la culture de la vigne et du vin », la ville de Dijon espère ainsi s’offrir une visibilité internationale et renforcer son attractivité grâce à cet ambitieux projet qui devrait être réalisé fin 2016. Dijon incarnera alors, aux côtés d’autres villes comme Lyon, Paris-Rungis, Beaune et Tours, cofondatrices du réseau des cités de la gastronomie (mais qui sont évidemment toutes en compétition) le savoir-faire et la culture de notre pays en matière culinaire, et continuer ainsi à promouvoir le repas gastronomique des Français déjà entré au patrimoine mondial de l’Unesco en 2010. Il devient donc évident que vu les bouleversements annoncés, le site de l’hôpital général va connaître une profonde mutation, et sa chapelle avec!


Communiqué de presse « Dijon, Cité internationale de la gastronomie »


Focus sur le sort de la Grande chapelle


La chapelle est déjà souvent utilisée pour des concerts, son acoustique étant très bonne. Mais dans le cadre de la future Cité gastronomique la chapelle pourrait devenir une vinothèque de 800m², soit purement et simplement un espace commercial de vente de vin. Rassurée par la présence de sa chaire Unesco "Culture et traditions du vin" à l'université de Bourgogne (unique au monde soit dit en passant), et le classement des climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l'Unesco (attendu pour 2015 et qui constituent les atouts forts de Dijon sur cette thématique viticole), la ville envisage aussi de créer une école de sommellerie pour aller de pair avec cette exceptionnelle vinothèque, ouverte aux vins des terroirs français et étrangers, installée dans cette chapelle du XVIIIe siècle.

Ce qui attend la chapelle ne laisse pas tout le monde indifférent, et a provoqué depuis longtemps déjà des réactions de la part du diocèse de Dijon. L’archevêque Roland Minnerath s’est offusqué dans un communiqué officiel que l’on puisse transformer et changer à ce point la destination d’un lieu de culte qui conserve encore « des tombes sous l’autel et des reliques derrière l’autel ».

 


La chapelle ne serait pourtant pas le premier édifice chrétien à changer d’affectation, mais il faut reconnaître que bien souvent ces lieux sont transformés en espaces culturels, qui conservent donc un esprit de partage et d’ouverture. Le problème ici semble bien venir du fait que la Grande chapelle puisse devenir le site d’une « activité commerciale ». Rappelons par ailleurs que la chapelle est propriété d'un établissement public régional.


Ce projet de vinothèque dans une chapelle réveille tous les questionnements de l’évolution et de la transformation du patrimoine religieux à l’orée du XXIe siècle, qui refait parfois surface dans l’actualité. En effet, un lieu patrimonial est bien souvent (sinon toujours), source d’identification commune pour les habitants, faisant souvent partie de leur propre histoire et de souvenirs intimes. Il est toujours légitime de se demander quelles sont les limites de transformations de ces lieux de culte. Doivent-ils être uniquement remaniés en lieux culturels ? Une chapelle transformée en magasin, en lieu de vente, peut-elle être une solution consensuelle qui permette d’éviter la démolition d’un tel édifice ? En tous les cas, cela ne satisfait pas pour le moment Mgr Minnerath, qui a proposé aux autorités une autre idée pour la chapelle : « Une solution consisterait à désolidariser la chapelle de l’ensemble de la vente et de la maintenir dans son affectation cultuelle, ou du moins d’en faire un musée de la vie hospitalière dijonnaise. » L’archevêque n’a reçu aucune réponse pour le moment.
 

Communiqué de Mgr Minnerath à propos de la chapelle de l'hôpital général de Dijon, publié le 9 juillet 2014 sur le site du diocèse de Dijon