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Le château et l'église d'Ecouen: Merveilles de la Renaissance

Mathieu Lours, professeur d’Histoire à l’université de Cergy, fut notre guide-conférencier pour cette visite de l’église Saint-Acceul et de la chapelle du château d’Ecouen. Il transmet avec passion ses connaissances sur la famille de Montmorency, son histoire et ses ambitions. En tant que princes de la Renaissance, ses membres ont en effet su faire passer leur message à travers l’architecture, le vitrail et les arts, léguant ainsi à Ecouen une iconographie unique et particulièrement riche.

Ecouen est le fief ancestral de la célèbre famille de Montmorency. Au Moyen Age, celle-ci portait le nom de Bouchard de Montmorency. Ces seigneurs régnaient sur la Plaine de France et possédaient les terres d’Ecouen, sur lesquelles un castel s’élevait déjà au XIIe siècle, de Marly-le-Roi, Montmorency et leurs environs. A partir du XVIe siècle, la destinée d’Ecouen devient intimement liée à celle des Montmorency : le Connétable (1493-1567) décide à partir de 1538 de transformer le château familial en une splendide demeure de la Renaissance française.

Mécène et amateur d’art avisé, il fait appel aux meilleurs artistes de son temps, dont l'architecte Jean Bullant (v.1515-1578), le sculpteur Jean Goujon (v.1510-v.1566) ou le céramiste et émailleur Bernard Palissy (v.1510-1589/90). Après dix-sept ans de travaux, le somptueux château d’Ecouen est enfin achevé et atteste du goût raffiné de ses propriétaires. Lorsque la branche aînée des Montmorency s’éteint au XVIIe siècle, le château passera aux mains de la famille de Condé : Charlotte-Margueritte de Montmorency (1594-1650), la sœur du dernier duc et épouse du prince Henri II de Bourbon-Condé (1588-1646), ayant hérité du domaine d’Ecouen.


 

Située à l’intersection des ailes Sud et Est dans l’un des pavillons d’angle, la chapelle fait partie intégrante du château d’Ecouen et les deux architectures se fondent en une seule. L’accès à la chapelle se fait par le château et en passant sous un arc triomphal probablement conçu par Jean Bullant ou Jean Goujon. Anne de Montmorency était emprunt des idées humanistes de son temps, avide de savoir et de culture. Cela explique la présence de l’oratoire du Connétable et de sa bibliothèque juste au-dessus de la chapelle, conférant à ce lieu un statut tout à fait particulier où mondes sacré et profane sont étroitement mêlés tout en conservant leur spécificité.

A la différence de l'église Saint-Acceul, la chapelle a beaucoup plus souffert des excès de la Révolution. Vitraux et lambris ont été déposés puis déplacés au château de Chantilly où ils se trouvent toujours aujourd’hui. Le même sort fut réservé au superbe autel sculpté attribué à Jean Goujon. La célèbre Pietà de Rosso, qui fait désormais partie des collections du Louvre, était placée au-dessus de la porte d'entrée de la chapelle. La présence des emblèmes du connétable (des alérions d’azur : aiglons bleus sans bec ni patte) sur les coussins où repose le Christ incite à penser que le tableau fut bien une commande du duc à Rosso.

Ainsi dénudée, la chapelle laisse voir ses superbes décors. Dans les angles de la voûte, des statues polychromes des Pères de l’Eglise (saint Jérôme, saint Augustin, saint Ambroise et saint Grégoire) sont placées dans des niches, chacune surmontée du symbole du Tétramorphe. Le plus impressionnant reste sans doute la voûte d’ogives richement ornée, peinte des armoiries du Connétable mais aussi de son monogramme et de sa devise, « Aplanos » (sans dévier). Les emblèmes de François Ier, la salamandre, et d’Henri II, les croissants, sont également présents.

Parallèlement à la reconstruction de son château, Anne de Montmorency décide à partir de 1536 de faire rebâtir l’église d’Ecouen. Saint Acceul, saint patron de l’église, serait en fait saint Andéol, ce qui expliquerait que l’église abrite un reliquaire contenant la clavicule attribuée à ce saint.


L’église entière est un manifeste à la grandeur de sa famille qui était une des plus puissantes d’Europe. A l’instar de la chapelle du château, des épées nues et des baudriers, emblèmes de la fonction de Connétable du duc, sont délicatement peints sur les voûtes du chevet. Bien qu’il soit en déclin en ce début de la Renaissance, l’église est construite dans le style gothique flamboyant à la demande du Connétable. Le clocher, en revanche, emprunte à l’architecture de son temps frontons et pilastres encastrés, eux-mêmes inspirés du monde antique. En 1554, les travaux de l’église cessent sans que l’on en connaisse véritablement la raison. Au XVIIIe siècle, les nouveaux seigneurs d’Ecouen, Henri-Jules de Bourbon Condé (1643-1709) et sa femme Anne de Bavière (1648-1723), décident de terminer les travaux de l’église. C’est ainsi que la nef et le bas-côté seront achevés dans un style simple et beaucoup plus épuré que le reste de l’édifice. Le chantier ne s’achève finalement que lorsque la façade occidentale définitive est érigée, au XIXe siècle. En 1840, l’église fera partie des premiers édifices classés Monument Historique en France, première reconnaissance de son importance historique et architecturale. Durant les deux guerres mondiales, les fragiles vitraux de l’église furent protégés par les habitants d’Ecouen. Les derniers travaux de restauration de Saint-Acceul ont eu lieu dans les années 90 et 2000 : les voûtes ont été consolidées, les vitraux et le reliquaire restaurés.

 
Le trésor de cette église, ce sont bien les vitraux du XVIe siècle dédiés à la gloire des Montmorency, et offrent une galerie de portraits de famille, accompagnée d’épisodes du cycle de la Passion et de la Résurrection du Christ dans les parties hautes des lancettes du chevet. La composition de certains panneaux révèle que les maîtres-verriers ont dû puiser leur inspiration dans des gravures de Sebastiano del Piombo (qui reprend lui-même des œuvres de Raphaël) ou d’Albrecht Dürer, créant dans cette église d’Ecouen une sorte de synthèse de l’art flamand et italien tant recherchée par les artistes français de la Renaissance.

Un portrait particulier d’un membre de la famille Montmorency, celle du cardinal de Châtillon, Odet de Coligny, neveu du connétable de Montmorency, est à placer en marge de tous les autres et reflète bien le climat spécifique qui existait au XVIe siècle durant les Guerres de religion. Favorable aux idées nouvelles propagées par le protestantisme, le cardinal refusa de se faire représenter sur le vitrail accompagné d’un saint intercédant pour lui auprès de Dieu, détail qui est loin d’être anodin puisqu’il marque ainsi son penchant envers la Réforme.

Dans le collatéral, les trois verrières représentant des scènes du Nouveau Testament sont également remarquables dans leur exécution et le réalisme de leurs représentations. La mise en perspective des éléments d’architecture et les effets de profondeur dans les paysages témoignent de l’habileté des peintres-verriers de cette époque. Par le travail de peinture et de grisaille, l’utilisation raisonnée de la couleur, le mouvement des draperies des personnages et le souci des détails de chaque scène, ces vitraux peuvent être considérés comme de véritables tableaux emprunts de l’esprit et de l’esthétique de la Renaissance.

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

ERLANDE-BRANDENBURG (Alain), LOURS (Mathieu), Saint-Acceul d'Ecouen : Une cage de verre en pays de France, Écouen, Association les Amis de Saint Acceul,‎ s.d..

ERLANDE-BRANDENBURG (Alain), ENNES (Pierre), FRITSCH (Julia), Château d'Écouen, Musée national de la Renaissance, Paris, éd. RMN, 2000.

FEUGERE (Fernand), Saint-Acceul d’Ecouen : fief des Montmorency, XVIe siècle : vitraux et église, s.l., 1970.

LOURS (Mathieu), « Écouen - Saint-Acceul », Églises du Val-d’Oise : Pays de France, vallée de Montmorency, Gonesse, Société d’histoire et d’archéologie de Gonesse et du Pays de France,‎ 2008.

OURSEL (Hervé), Le château d’Ecouen et son décor, Paris, éd. RMN, 1993.
  

SITOGRAPHIE :
http://musee-renaissance.fr/
http://www.ecouen.fr/l_eglise_saint_acceul.html
http://www.otecouen.fr/Eglise-Saint-Acceul,60