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Les retables, trésors de nos églises

Le retable, élément décoratif phare de l’aménagement liturgique au Moyen Age et à la Renaissance, compte parmi les témoignages fondamentaux de l’apogée de l’art chrétien d’Occident. Rétrospective...

Le retable d’Issenheim


Le retable d’Issenheim, joyau de la Renaissance allemande, fut réalisé par Matthias Grünewald (1475-1528) et Nicolas de Hagueneau (1445-1538) entre 1512 et 1516 ; il ornait le principal autel de l’église du couvent des Antonins d’Issenheim, village proche de Colmar. Par un programme iconographique d’une richesse exceptionnelle, il illustre la vie de Jésus et celle de saint Antoine l’Ermite. Sauvé de la destruction du monastère pendant la Révolution, il est mis à l’abri à Colmar en 1792 avant d’être transféré en 1852 dans l’église de l’ancien couvent des Dominicains d’Unterlinden où il constitue la pièce maîtresse du musée. Même si son état de conservation a subi les vicissitudes du temps - dont un voyage entre la commanderie des Antonins d’Issenheim et la collégiale de Thann et un incendie -, ce splendide ornement a échappé au vandalisme et au vol qu’ont subis de nombreux retables depuis le Moyen Age jusqu’à nos jours. Ce chef-d’œuvre est aujourd’hui présenté dans l’église des Dominicains de Colmar jusqu’à la fin du mois d’avril 2015.
 

Définition et évolution
 

Le retable fait son apparition à l’époque paléochrétienne, alors qu’il n’était qu’un simple gradin destiné à recevoir les objets liturgiques, et positionné à l’arrière de la table d’autel : son étymologie latine tabula de retro, « l’arrière de la table », rappelle d’ailleurs cette fonction initiale. Rapidement, il acquiert une dimension décorative forte qui vient peu à peu se substituer à sa fonction pratique préalable : il devient au Moyen Age un véritable écran vertical qui se développe à l’arrière de la table d’autel. Composé de pierre ou de bois sculpté ou de matières précieuses, sa dimension ornementale est liée directement à sa fonction cultuelle, c’est-à-dire celle de mettre en exergue la présence divine (scène de la vie du Christ principalement) ou la vie des saints : le rôle de l’image comme source d’enseignement en constitue alors un fondement.
Élément central de la piété médiévale, le retable fait l’objet d’investissements esthétiques et artistiques considérables, et à la Renaissance, sa composition prend la forme d’une véritable architecture : son contenu narratif est mis en valeur par des colonnes et des entablements qui le distinguent du restant de sa structure générale couronnée par un fronton.

 

Le Concile de Trente : l’heure de gloire du retable
Dix-neuvième concile œcuménique reconnu par l'Église catholique romaine, le Concile de Trente (1542-1563) s’est tenu afin de contrer le développement de la Réforme protestante amorcée par Luther. Pilier de la Contre-Réforme, ce Concile révise la discipline de l’Eglise.
Ainsi, s’il condamne les images évoquant les dogmes erronés, le Concile de Trente n’en déclare pas moins qu’il faut rendre la vénération et l’honneur aux images du Christ. Le retable se voit alors attribuer une fonction didactique de taille, à savoir celle d’enseigner la doctrine fixée par le Concile de Trente.
Son développement est donc considérable à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, et le retable du chœur est même au centre du dispositif liturgique : d’après les prescriptions du Missel romain du Concile de Trente, le tabernacle doit être « placé dans un lieu très noble, un signe bien visible, bien décoré et permettant la prière », c'est-à-dire, finalement, au centre du retable principal ! Ainsi, le retable doit magnifier le tabernacle, et son iconographie, exclusivement centrée sur les Évangiles, est porteuse d’une symbolique majeure puisqu’elle est en rapport direct avec l’usage liturgique du tabernacle. Quant à l’abondance décorative du retable, elle constitue toujours  un hommage à Dieu.

Cette conception de l’aménagement du maître-autel et de la place tenue par le retable est illustrée parfaitement dans le chœur de l’église Saint-Nicolas-des-Champs à Paris (3e arrondissement), où prend place unexceptionnel retable  peint par Simon Vouet (1590-1649) au XVIIe siècle, le seul à avoir résisté à la tourmente révolutionnaire à Paris.

La description que nous en donne Piganiol de la Force au XVIIIe siècle, est illustratrice : « Le grand autel est d’une ordonnance belle et ingénieuse et consiste en deux ordres d’architecture : dans le milieu du premier est un tableau où l’on voit les apôtres dont les uns regardent dans le tombeau de la Vierge pendant que d’autres avec des regards empressés cherchent son corps autour du tombeau et que d’autres enfin lèvent les yeux au ciel pour voir s’ils ne l apercevront point dans les airs. Les uns sont pénétrés de douleur de l’avoir perdue et d’autres sont ravis de joie de la voir monter au ciel. Dans le second ordre est un autre tableau où l’on voit la Vierge qui monte au ciel et qui est environnée d’une gloire d’anges. Deux anges de stuc placés aux deux extrémités de la première corniche semblent par leurs attitudes avertir les apôtres de l’assomption de la Vierge. Sur le fronton du second ordre d’architecture sont deux autres anges qui tiennent en main une couronne et qui paraissent dans une impatience infinie de la lui mettre sur la tête. Ce tableau est de Simon Vouet et un des plus beaux qu’ il ait jamais faits. Quant aux anges ils sont de Sarrazin ».
Ce retable, qui s’élève sur douze mètres de hauteur et occupe toute la largeur du chœur, figure l’Assomption de la Vierge. Son organisation reprend le schéma simplifié des façades d’églises romaines à deux étages de la fin du XVIe siècle, dont Simon Vouet s’est inspiré après avoir passé quinze ans en Italie et à Rome en particulier lorsqu’il travailla à la basilique Saint-Pierre de Rome. Si les peintures de ce chef-d’œuvre sont attribuées à Simon Vouet alors au sommet de son art, l’ensemble sculpté qui le compose est du à un autre artiste, Jacques Sarrazin, le mari de la nièce de Simon Vouet qui travaillera ensuite pour Louis XIII.
L’ensemble est conçu comme un véritable programme : à la Dormition de la Vierge figurée au premier niveau succède, au second niveau, son Assomption, savamment suggérée par les deux anges sculptés représentés au fronton triangulaire couronnant l’ensemble

La multiplication des retables est également attestée dans le milieu rural aux XVIIe et XVIIIe siècles, à une échelle certes plus modeste : l’exemple de la Sarthe est ici aussi révélateur; plus de la moitié de ses églises se sont vues agrémentées d’un retable monumental, preuve incontestée du renouveau des églises dans un contexte de Contre-Réforme.

 

 

Retable de la chapelle Dugué de l'église Saint Benoît à Le Mans ( Sarthe)


La mort du retable avec Vatican II, et son renouveau actuel
Avec le concile de Vatican II (1962-1965), l’aménagement liturgique est redéfini, et le prêtre doit désormais célébrer la messe face au peuple. L’utilisation des retables devient alors obsolète : ils disparaissent parfois de l’environnement sacré par des actes de vandalisme non sanctionnés (destruction, démantèlement).
Mais aujourd’hui, la place du retable dans le décor religieux se développe; compose  même un élément décoratif essentiel de certaines églises, quand il n’a pas été détruit !

Dans cette mouvance bien particulière, plusieurs campagnes de restauration ont donc été entreprises en 2012, dans l’Oise notamment : le retable de l’église du Vaumain (ci-contre), qui figure la Passion du Christ et daterait du XVIe siècle (il est classé Monument Historique au titre des objets depuis 1905), mais aussi ceux des églises de Labosse et Rochy-Condé également restaurés en 2012 ou celui de l’église de Muidorge en 2013.

 

Afin de conclure sur l’attrait suscité par ces retables, et plus généralement pour les églises en tant que reliquaires, il est intéressant aussi de mentionner le cas de l’église de Saint-Saturnin dans le Puy-de-Dôme, datée du XIIe siècle et classée en totalité depuis 1862 (et son maître-autel en 1875).Le curé, avec l’accord du ministère de la culture et de la DRAC, souhaitait faire retrouver à l’édifice sa « pureté romane »: il était question que son maître-autel, jugé trop encombrant, soit retiré du chœur et remplacé par un autel contemporain et plus discret… Cette pièce maîtresse du dispositif liturgique de l’édifice se compose d’un autel datant de la fin du XVIIIe siècle, surmonté d’un retable plus ancien (du XVIe ou du XVIIe siècle), et pourvu d’un tabernacle. Interviennent alors les habitants du village : fin janvier 2012, devant la tournure que prenaient les évènements, plusieurs d’entre eux ont créé l’association « Sauvegarde de l’église Saint-Saturnin » afin de lutter contre cette décision qu’ils jugeaient néfaste à leur église et à son patrimoine mobilier.
Grâce à la mobilisation citoyenne de ses habitants (l’association compte plus de trois cents membres, alors que le village ne compte que 900 habitants) Saint-Saturnin conservera probablement intact l’aménagement du chœur de son église.