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A Marseille, la Grande Mosquée a tendance à bloquer

Après trois ans de bataille juridique, des conflits internes et de grosses difficultés financières, le chantier de la Grande Mosquée Marseillaise se lance difficilement. Enquête.

Un restaurant, une école théologique, une bibliothèque, une librairie, un salon de thé et une salle de prière de 3500 m² pouvant accueillir jusqu’à 7000 fidèles. Il n’y a pas de doute, sur le papier, le projet de la Grande Mosquée de Marseille donne envie. Pourtant, avant d’arriver à ce résultat, il reste encore bien des étapes. Pour le moment, seul un prototype de façade a été posé, en juin dernier, en lieu et place du futur bâtiment, situé, à Saint-Louis, dans l’ancien quartier des abattoirs.

Il y a bien longtemps que les musulmans marseillais, estimés aujourd’hui à 250 000, attendent cette construction. Lorsqu’en 2001, Jean-Claude Gaudin, maire UMP de la ville, annonce publiquement son intention d’offrir à la communauté un terrain pour l’édification d’un « centre culturel et cultuel musulman », celle-ci se réjouit. Mais depuis, le projet n’a cessé d’accumuler du retard. D’abord prévue pour 2008, la fin des travaux est aujourd’hui reculée à 2016.

Selon le sociologue Mohammed Tehline, auteur de L’Islam et les musulmans en France. Une histoire de mosquées, le projet marseillais suit un “parcours typique”. En France, « il faut attendre vingt ans entre le dépôt du permis de construire et le début des travaux, explique-t-il. Il y a toujours des problèmes internes à l’association qui porte le projet et une opposition des riverains et du Front national. »

Bataille juridique

C’est effectivement ce qu’il s’est passé à Marseille. Après la signature d’un bail emphytéotique de 300 € par mois en 2006, entre la mairie et l’association « La grande mosquée de Marseille », le FN saisit le tribunal administratif. Le parti juge le montant du bail « anormalement bas » . Il obtient gain de cause. Le tribunal rejette la délibération accordée quelques mois plus tôt. Le projet est finalement revoté et un nouveau bail de 24 000 € par an sur 50 ans est signé et validé par le tribunal.

En 2009, un permis de construire est alors délivré par Jean-Claude Gaudin. Un an plus tard, on pose même en grande pompe la première pierre de la future grande mosquée. Alors que le chantier semble enfin démarrer, le FN qui ne s’avoue toujours pas vaincu, défère, cette fois-ci, le permis de construire devant le tribunal. Selon lui, le parking ne prévoit pas assez de places. A cela s’ajoute un autre recours, pour le même motif, de la part des habitants et des commerçants du quartier.

En mai 2011, l’association finit par inclure dans le permis de construire un parking de 450 places. Mais ce n’est pas assez pour les habitants qui déposent un nouveau recours. Il faut attendre juin 2012 pour que le tribunal valide définitivement le permis, actant la construction d’un parking.

Panier de crabes

On pourrait croire qu’après trois ans de bataille juridique les travaux vont enfin commencer mais en parallèle une autre bataille se joue au sein de l’association qui porte le projet. Une lutte de pouvoir entre deux clans engendre, en 2010, un changement de présidence. A l’issue d’une assemblée générale extraordinaire, Nourredine Cheick est remplacé par Abderrahmane Ghoul. Motif : manque de transparence et de démocratie dans les prises de décisions.

« Alors que l’association répond à des règles très strictes, l’ancien président gérait tout lui même », ajoute Fatima Orsatelli, trésorière de l’association depuis mars 2013 et conseillère régionale en charge de la Politique de la Ville. Une double casquette que l’élue assume. « Mes fonctions politiques sont aucunement incompatibles avec mon investissement au sein de l’association. La loi de 1905 est bien distincte de celle de 1901 et en plus, il n’y a pas de financement des collectivités territoriales », argumente-t-elle.

Selon plusieurs observateurs, ces conflits internes, souvent orchestrés par des pays étrangers désireux d’étendre leur influence, freinent souvent l’avancée des travaux. A Marseille, le conflit s’est même soldé par l’ouverture d’une enquête pour détournement de fonds. La commission qui collecte les dons a été accusée de détourner les sommes versées en liquide. A ce jour, l’enquête n’a révélé aucune fraude.

Des caisses vides

Le montant du butin n’en aurait d’ailleurs pas valu le coup. La collecte de fonds ayant été arrêtée pendant la procédure judiciaire, les caisses de l’association sont, aujourd’hui, quasiment vides. A part les 50 000 € du président du Sénégal et les 160 000 € du gouvernement algérien, les gros donateurs ont, jusqu’à présent, boudé le projet. Et pour cause, l’association a décidé que chaque pays ne pourrait pas verser plus de 20% de la somme totale. « On a instauré cette règle pour anticiper la main mise d’un quelconque pays sur le projet. Sans ça, il aurait été tellement plus facile de trouver l’argent », constate Fatima Orsatelli. La mosquée de Cannes-la-Bocca, inaugurée ce mercredi, n’a pas pris la peine de respecter la même règle puisque c’est un milliardaire saoudien qui a financé plus de la moitié du projet.

Le sociologue Mohamed Tehline indique également que « depuis le 11 septembre, les dons venant de l’étranger sont parcimonieux ». « D’une part, les pays du Golfe ont été montrés du doigt par l’Occident et accusés de financer le terrorisme et d’autre part, le manque de transparence des associations accusées de détourner de fonds a refroidi les donateurs étrangers. »

Mais le temps presse pour l’association. Elle a jusqu’au 26 septembre pour rassembler 70% de promesses de dons écrites, soit 15 millions d’euros sur les 22 millions nécessaires. Sans cela, l’appel d’offre aux entreprises sera une fois de plus reporté. Le président de l’association a donc décidé de se rendre en Arabie Saoudite. « Sur place, j’ai des rendez-vous avec des personnes proches du roi qui suivent déjà le dossier, je dois également me rendre au Qatar mais avant je vais passer par la Mecque », détaille-t-il, optimiste. En ce mois sacré du Ramadan, l’imam Ghoul espère ainsi attirer de nouveaux donateurs. « On cible tout le monde même la Turquie… Ce sont des musulmans… »

Source : LesInrocks.com