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La nouvelle vie de l'abbaye de Bohéries (Aisne)

Haut lieu du patrimoine local, l’abbaye de Bohéries (Vadencourt) vient de changer de main. Le nouveau propriétaire expose ses projets pour ce lieu magique.

Bâtie en 1143, la presque millénaire abbaye de Bohéries s'apprête à connaître une nouvelle jeunesse. Au milieu d'un jardin évoquant une peinture impressionniste, Kim Rebholz, le nouveau propriétaire, sirote une tasse de thé là où, un siècle plus tôt, Matisse avait peint des toiles, malheureusement détruites en 1907 lors d'un incendie. Derrière lui, la bâtisse, maintes fois pillée et endommagée, porte encore les stigmates d'une histoire agitée. D'une fenêtre ouverte s'échappe un air de piano envoûtant, La Cathédrale Engloutie de Debussy.

Kim Rebholz, artiste peintre, poète et philosophe à ses heures, fourmille d'idées pour ce haut lieu du patrimoine local. « Je cherchais un lieu depuis longtemps, retrace-t-il. L'été dernier, j'ai visité l'abbaye de Bohéries et ça a été le coup de cœur. » Les choses sont alors allées très vite : l'artiste investit tout ce qu'il possède dans l'achat du monument historique et emménage en décembre. Il jette peu après son dévolu sur l'usine Sadoski, attenante à l'abbaye, et qui a fermé ses portes en juin 2012. Il dispose ainsi d'un espace immense et contrasté dont les 900 ans d'histoire sont palpables.

La Fondation Kim Rebholtz pour un centre culturel

Cet espace, Kim Rebholz compte le mettre à disposition de la fondation éponyme qu'il a créée il y a quelques semaines.

« Le but est d'en faire un endroit d'échange pour artistes de tous domaines, mais aussi un lieu de résidence pour tout artiste, chercheur, penseur, n'importe-qui souhaitant se consacrer à un travail qui nécessite de se concentrer. Bien sur, rien ne sera payant, c'est le principe même de la fondation. »

L'aile (actuellement en travaux) de l'abbaye sera dédiée à l'accueil de ces penseurs. Au centre, l'ancien pigeonnier, à l'acoustique particulière, pourrait devenir un lieu de création musicale. Dans les jardins, que l'on pourra visiter, une colonne sera érigée pour évoquer la flèche hypothétique de la fameuse Cathédrale Engloutie de Debussy et qui, selon une lettre de Madame de Sévigné, aurait pu se situer en ce lieu.

L'usine Sadoski deviendra quant à elle un immense musée

Y figureront dans un premier temps la centaine d'œuvres du nouveau propriétaire, offertes à sa propre fondation, mais toutes sorties d'artistes pourront aussi y exposer. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a de la place.
En outre, « un espace dévolu au lieu de l'abbaye et à son histoire verra le jour, probablement aussi dans l'usine » envisage Kim Rebholz.

Par ailleurs, ce projet qui peut sembler « ambitieux » voire « un peu fou » admet volontier l'artiste, s'intégrera dans une logique d'unité. Unité des œuvres exposées qui formeront un tout. Unité aussi du lieu et des pages d'histoires qu'il présente, des pierres cisterciennes à l'usine moderne. Unité enfin, et surtout, du patrimoine que l'abbaye représente à Bohéries et au sein de l'histoire de la Thiérache. « Il faut inscrire l'abbaye dans un projet territorial, ambitionne l'artiste, le but à terme est de mettre en valeur le patrimoine dans son ensemble. »

30 emplois d'ici 5 ans

Bien sûr, ce projet est encore à l'état embryonnaire, mais s'il parvient à séduire et à prendre racine, la fondation devrait rapidement avoir besoin de bras et pourrait devenir un employeur important. « Pour l'instant, je suis tout seul, sourit le président de la fondation, mais j'espère recruter jusqu'à une trentaine de personnes d'ici 5 ans ».

Parcours d'un artiste

Kim Rebholtz naît à Nice en 1972. Son père travaillant pour la Croix Rouge, le jeune Kim voyage beaucoup, avec un point de chute de prédilection : Soissons, où vivent ses grands-parents. Il entretient avec sa grand-mère un rapport particulier au jardin, se passionne pour la musique et la couleur qui ont pour lui « un pouvoir de suggestion infini ». Après le bac, il réalise une pièce de théâtre pour la Croix Rouge et, à sa majorité, entame des études de philosophie puis apprend la peinture en autodidacte. A la fois poète et empirique, il se met à étudier les mathématiques et la physique.

Dès la fin des années 1990, il quitte la faculté, commence à vendre des tableaux et travaille sur des projets d'aménagement décoratif. Un hôtel à Milan, un siège de société en Allemagne, « mais c'était trop commercial, regrette l'artiste qui nourrit déjà le projet de ne jamais séparer les œuvres ». C'est dans cet esprit qu'il organise une grande exposition au printemps 2012 rassemblant plus de 100 de ses toiles, monochromes formant bout à bout un vaste dégradé de couleur, évoquant un arc-en-ciel. La moitié des bénéfices est alors reversée à Action contre la Faim.

Aujourd'hui, la totalité de ces œuvres est la propriété de la fondation Kim Rebholtz. « Je ne vendrai plus aucune toile, a décidé l'artiste qui se définit comme un philosophe utilitariste. En fait, depuis longtemps, peindre ne me suffisait plus, je voulais me mettre au service de quelque chose qui me dépasse. »

A présent, la création de la fondation ouvre la porte aux partenariats. « J'ai besoin de financiers, de partenaires, tout le monde est bienvenu, il faut commencer modestement, j'ai une vision lointaine de ce que je veux faire, mais il faut être très empirique, il est normal que les gens se méfient alors que je débarque avec mes idées un peu dingues… »

Un début modeste, certes, mais Kim Rebholtz y croit. « Les systèmes qui marchent sont ceux qui coopèrent, estime-t-il. Mon but à terme serait de travailler de concert avec le Familistère et le musée Matisse du Cateau-Cambrésis (où Henri Matisse a vu le jour NDLR). » Tout se rejoint.

Source : AisneNouvelle.fr