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L'abbaye de Valsery (Aisne) sauvée in extremis

Tailleur de pierres professionnel, David Balet, entouré de bénévoles, a entrepris de sauvegarder les restes de l'abbaye de Valsery, en grand péril.

Nichée dans une vallée verdoyante à Cœuvres-et-Valsery, non loin de Soissons, l'abbaye de Valsery fut bâtie dans la première moitié du XIIe siècle par des moines prémontrés. Le site abbatial, l'un des principaux dans l'Aisne, comprenait une église, un cloître et un bâtiment conventuel, et n'a cessé d'être modifié jusqu'au XVIIIe siècle. Les murs d'enceinte du cloître, encore debout, portent encore la marque des différentes périodes. L'église a été inaugurée au début du XIIIe siècle, en présence de Saint-Louis et de la reine Blanche-de-Castille, sa mère. Le site ayant connu toutes les vicissitudes du temps a été reconstruit plusieurs fois, jusqu'à sa démolition partielle à la Révolution. Vendus par la suite comme bien national, les restes de l'église furent entièrement recouverts de remblais en pierre par son propriétaire. Le site est classé depuis 1986.

Depuis, la végétation a pris ses quartiers dans l'abbaye de Valsery. Les épais feuillages dégoulinent par les fenêtres béantes, les lianes font corps avec les ruines, conférant à ce tableau des airs de peintures italiennes. Beau, certes, mais en grand péril. De quoi inciter David Balet, tailleur de pierres professionnel, à voler au secours du site, dont il ne reste que le bâtiment des moines. Ce passionné de patrimoine a réactivé l'association de sauvegarde de l'abbaye de Valsery, en sommeil depuis plusieurs années, « faute de moyens humains et financiers », précise-t-il.

Deux amoureux des vieilles pierres, Pierre et Françoise Pottier, avaient en 1996, convaincu le propriétaire, Philippe Duguet, lequel en avait hérité, de leur céder le site abbatial. Le couple avait ainsi créé l'association et entrepris des fouilles qui avaient permis de mettre au jour les restes de l'église enfouis sous plusieurs mètres de remblais. Ainsi, sous nos pieds, « il y a les murs d'élévation en morceaux et des parties basses intactes de l'église abbatiale », indique David Balet.

Pour l'instant, pas question d'aller exhumer ces trésors. Les bénévoles entraînés dans l'aventure s'en sont tenus au défrichage de plus d'un hectare de terrain. La priorité, désormais, c'est « de préserver ce qui est encore debout » : le bâtiment des Moines. David Balet nous fait visiter la salle capitulaire où se réunissaient les moines. Cette très belle pièce à voûtes sur croisées d'ogive ne tient que grâce à des étaiements réalisés par la DRAC dans les années 1980. « Je vois bien que ça bouge régulièrement. Dans dix ans, si on ne fait rien, il n'y aura plus rien à voir », souffle-t-il. Il s'apprête à retrousser les manches. « On sera sur le chantier tous les week-ends ! ».

« Urgentiste du patrimoine »

David Balet est tailleur de pierres depuis 27 ans. Il se considère « chirurgien médecin urgentiste du patrimoine. » Cela faisait longtemps qu'il cherchait un endroit « où faire partager [sa] passion ». Il voudrait aménager sur le site de l'abbaye un lieu dédié à la découverte et à l'initiation à la taille de pierre et à la sculpture. Il prévoit aussi d'organiser des visites à thèmes autour de sites locaux et de créer un musée consacré aux métiers du patrimoine et à l'architecture monastique. De quoi réjouir Philippe Duguet : « J'avais accepté de le céder parce que je ne savais pas comment m'en occuper. Je suis heureux qu'il se passe enfin quelque chose. C'est ce que j'attendais depuis longtemps », confie-t-il. Bien entendu, la bonne volonté des 25 bénévoles ne suffira pas. L'association a d'ores et déjà déposé des demandes de subvention. Ce qui n'empêche pas les bonnes volontés de les rejoindre. En septembre, le site sera ouvert au public pour la première fois à l'occasion des Journées du Patrimoine.

Source : lunion.presse.fr