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Le Raincy (Seine-Saint-Denis) : la première église en béton armé est en danger

Un grand filet de protection au dessus du tympan, des éclats de béton jonchant la toiture: la façade de l'église Notre-Dame du Raincy, au nord de Paris se trouve en piteux état, 90 ans après son édification.

Aujourd'hui, de nombreux étudiants en architecture, souvent américains, continuent de se rendre au Raincy, commune aisée cernée de cités populaires, pour découvrir l'édifice, dont une copie existe à Tokyo à une moindre échelle, sous forme de chapelle.

Mais l'église se porte mal. Le béton armé, que l'on pensait indestructible et plus pérenne que la pierre, révèle au fil du temps ses faiblesses.

Perché sur le toit de l'édifice, d'où l'on distingue le paysage industriel de la banlieue nord de Paris et au loin le Sacré-Coeur, Christophe Arnion constate les dégâts au pied de l'imposant clocher.

Vives préoccupations

« On ramasse régulièrement des morceaux de béton sur la toiture, heureusement qu'on n'est pas au ras de la rue », glisse cet ingénieur de 58 ans, vice-président de l'association Restaurer, un éclat à la main. « Il y a une vraie préoccupation. »

Après la première guerre mondiale, l'architecte français Auguste Perret décide pour la première fois l'emploi du béton armé - matériau jugé vulgaire, tout juste bon pour des hangars - à l'édification d'une église. Économique, solide, léger, incombustible et rapide à mettre en oeuvre, ce mélange de gravier, sable, ciment et eau permet bien des audaces architecturales, malgré son apparente laideur.

« La beauté du béton fait seulement trembler les marchands de pierre », explique alors l'architecte.

Le temps contre le béton

Les propriétés du béton permettent de créer à l'intérieur de l'église une saisissante « boîte de lumière », baignée par les couleurs des milliers de vitraux et notamment le bleu, qui n'est pas sans rappeler l'atmosphère de la Sainte-Chapelle à Paris.

Mais le temps a fait des ravages. « En raison de l'influence des différents effets atmosphériques, le béton se carbonate et change de nature chimique. Il devient acide et l'armature rouille », explique M. Arnion.

« A partir du moment où le fer peut rouiller et que la rouille est expansive, le fer gonfle et le béton éclate... Et donc des morceaux tombent ».

Un phénomène accentué par la volonté d'Auguste Perret de laisser le béton apparent, tellement persuadé de sa beauté qu'il refusait de le revêtir même d'un simple enduit.

Appel de fonds

Aussi l'association Restaurer, créée en 1986 et qui s'est déjà occupée de la restauration du tympan et de l'orgue, va lancer un appel de fonds pour récolter 450 000 euros, en vue de débuter les travaux d'ici deux à trois ans.

Car Notre-Dame-de-la-Consolation, construite après la loi de séparation de l'Église et de l'État de 1905, est propriété du diocèse catholique qui doit en assumer l'entretien, contrairement aux églises plus anciennes devenues propriété des communes.

La commission des monuments historiques juge les travaux « nécessaires » mais « compliqués », notamment en raison de la hauteur de la façade (46 m, la taille de la statue de la Liberté).

« Il y a des pathologies superficielles, des fissurations, mais pas de risque d'effondrement. Il faut purger le béton altéré et trouver le même grain que le béton armé originel », explique Daniel Lefevre, de la Compagnie des architectes en chef des monuments historiques, estimant que les travaux dureront entre six et neuf mois.

En attendant, les fidèles comme les touristes, continuent de découvrir l'édifice et son audacieux architecte Auguste Perret, représenté sur un vitrail à côté d'un taxi de la Marne, rare exemple d'un épisode militaire mis à l'honneur dans une église catholique.

Source : 20 minutes