Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

Presse Presse
 

subscribe to the newsletter subscribe to the newsletter

 
Document Actions

L'église sous la colline

Creusée dans la roche au XIIe siècle, l'église monolithe Saint-Jean d'Aubeterre-sur-Dronne en Charente est la plus haute d'Europe. Découverte de cet édifice mystérieux sauvé de l'oubli.

Il a fallu 10 ans aux ouvriers du XIIe siècle pour évider la roche et sculpter l'église Saint-Jean. Ouvrant une brèche à mi-hauteur de la colline, en dessous du château, ils ont entamé la roche sous leurs pieds, au marteau et au burin, pour s’arrêter une vingtaine de mètres plus bas, dessinant au passage deux énormes piliers.

L’église monolithe Saint-Jean d’Aubeterre, en Charente, est aujourd’hui la plus haute d’Europe et le monument le plus visité du département. Ses voûtes culminent à 20 m, sa largeur est de 16 m et sa longueur de 27 m. La lumière entre par trois grandes ouvertures taillées dans la colline, et une galerie, autrefois accessible du château, permet de faire le tour sur trois côtés à plus de 15 m de hauteur.

Aujourd’hui, un escalier un peu raide y mène les visiteurs mais c’est sans doute d’en haut que l’on prend mieux conscience du travail réalisé par ces hommes. Ils n’ont d’ailleurs jamais été très nombreux pour s’attaquer à la colline, les spécialistes estiment en effet que le chantier a mobilisé entre 200 et 300 personnes au maximum.

Reliques de la croisade

A l’époque, l’église, alors appelée Saint-Sauveur, était pourtant de 15 m plus grande et s'avançait jusqu'à la rue qui monte vers le centre du village. Toute cette partie a disparu, la colline probablement fragilisée s’étant effondrée au XVe siècle… à moins que ce ne soit à la fin du XIIe siècle.

Dans cet écroulement, l’église a perdu son chœur et momentanément sa crypte. Comblée par les éboulis, celle-ci fut découverte par hasard en 1962, alors que personne ne soupçonnait son existence. Ce qui reste aujourd’hui de l’église est essentiellement la partie destinée à recevoir des reliques rapportées de Jérusalem par Pierre de Castillon. Celles-ci ont toutes disparu. PAr ailleurs, les murs étaient en partie couverts de peinture mais il n’en reste aucune trace non plus.

Les croyants qui en avaient les moyens se faisaient enterrer ici, la proximité avec les reliques leur assurant une montée rapide au Paradis. Ces tombes sont aujourd’hui invisibles mais il existe en revanche une remarquable nécropole, plus ancienne, où se trouvent plusieurs dizaines de sarcophages en pierre, juste avant l’ancienne porte d’entrée de l’édifice. Près des reliques, les morts étaient enterrés dans des cercueils tandis que dans la nécropole, ils n’avaient droit qu’à un linceul. Dans chaque sarcophage on voit encore la place pour la tête creusée par les tailleurs.

Un petit air oriental

Pierre de Castillon aimait les églises souterraines. Il est à l'origine de celle d'Aubeterre, ville qui était propriété de son épouse, mais aussi de celle de Saint-Émilion, en Gironde. Entre ces deux immenses chantiers, Pierre de Castillon a changé. Menacé d’excommunication pour de sombres démêlés avec les gens d’Église, il a cherché à se faire pardonner en se lançant dans la première croisade où il a découvert un nouveau monde qui l’a fortement influencé, apportant un petit air oriental à son église charentaise.

Ainsi, le reliquaire principal, entièrement monolithe, est une copie du Saint-Sépulcre. Au milieu de la nef, ce que l’on a longtemps pris pour une piscine baptismale est en fait une fosse à reliques conçue dans le plus pur style byzantin. Elle pourrait avoir contenu ce que les fidèles du XIIe siècle prenaient pour un morceau de la vraie croix du Christ.

Le reliquaire monolithe, réplique du Saint-Sépulcre.

Pourtant née dans une ferveur qu’on ne peut pas imaginer de nos jours, l’église n’a pas survécu à son siècle et, dès la fin du XIIe, elle a glissé dans l’oubli. « Pour quelles raisons, on ne le sait pas vraiment, confesse Dominique Gilson, l’une des deux guides. Peut-être à cause de l’effondrement qui a eu lieu plus tôt qu’on ne le pense. Peut-être parce que le clergé, qui supportait mal le succès de ce lieu de culte, a fait construire une église plus haut dans le village, qui a attiré les fidèles. »

Utilisée comme cimetière

Cet abandon aurait pu lui être fatal, tout comme la Révolution qui la transforma en simple salpêtrière. Mais c’est le XIXe siècle qui a en fait été la période la plus néfaste pour l’ancienne église. Pendant plus de cinquante ans, ce trou dans la colline a servi de cimetière. Les morts du village y ont été entassés dans des couches de terre successives, occasionnant au site d’importants dégâts. Sa remise en état, à la fin des années 1950, ne s’est pas vraiment faite non plus dans les règles de l’art. Cependant, un mystère demeure encore dans ce site rendu à son état primitif, presque comme aux premierss jours.

Source : sudouest.fr