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Patrimoine : la triste histoire de l'église de Gesté (Maine-et-Loire)

Détruite une première fois en 1794, l'église de la petite ville du Maine-et-Loire est désormais menacée par le propre maire de la commune.

Par deux fois, la petite ville de Gesté à une quarantaine de kilomètres de Nantes est sortie de l'obscurité. La première fois ne date pas d'hier. C'était en 1794, lors d'un épisode tragique de la guerre de Vendée : le 5 février, les "colonnes infernales" menées par Étienne Cordellier se vengent de la défaite qui leur a été infligée quatre jours plus tôt et massacrent la population. Le bilan oscille entre 150 et 300 morts. Les troupes républicaines en profitent pour détruire l'église. Une croix rappelle aux 2 400 habitants d'aujourd'hui le martyre d'alors.

La deuxième fois, c'était en 2010. La petite ville a les honneurs du New York Times. En cause, la volonté de son maire Jean-Pierre Léger de... détruire son église, l'édifice qui, au XIXe siècle, a remplacé celui que la République avait mis à bas. Pour le maire, l'église est surdimensionnée et bancale : "Construit en deux fois, le bâtiment est hétérogène, composé de deux parties mal raccordées. [...] Nous sommes en face d'une fausse église ancienne ; en aucun cas, il ne s'agit d'un monument historique", peut-on lire sur le site de la commune dans un document datant de 2007. Devant les dépenses d'entretien qu'il juge insoutenables pour sa petite commune, le maire se propose de démolir l'église pour en reconstruire une autre, plus modeste.

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Mais la décision de Jean-Pierre Léger est le point de départ d'une nouvelle bataille de Gesté, juridique celle-là et qui oppose la municipalité à des amoureux du patrimoine. L'Association Mémoire vivante du patrimoine gestois (AMVPG) a en effet contesté en justice les décisions de la mairie et fait annuler le permis de démolir déposé par le maire par la cour administrative d'appel de Nantes en février 2012, puis le 5 décembre de la même année par le Conseil d'État. La Tribune de l'art, qui narre par le menu cette triste histoire, pouvait alors triompher et titrer : "L'église de Gesté définitivement sauvée"

Triomphe prématuré ! Tel Étienne Cordellier battu, mais revenant sur les lieux animés des plus sinistres intentions, le maire semble déterminé. Les chiffres qu'il brandit sont certes assez faramineux. Plus de 3 millions de travaux seraient nécessaires à sa rénovation, quand son projet à lui ne coûterait que la moitié de la somme. Comme le soulignait le New York Times, Gesté est emblématique de la situation de tant d'autres communes propriétaires de leur église, situation héritée de la loi de 1907. Mais l'association rétorque que laissant l'église se dégrader et préférant dépenser les deniers publics en expertises et autres actes judiciaires, ce sont bien les noirs desseins du maire qui sont à l'origine du triste état de l'édifice.

Réflexe citoyen

Le site de l'AMVPG dévoile des photos de l'église suppliciée. L'autel a été réduit en miettes. Les pigeons ont élu domicile dans la charpente, il pleut dans la nef. Selon La Tribune de l'art, le maire, qui a de nouveau fait voter en conseil municipal la destruction de l'église, va procéder à la démolition incessamment. Le site en appelle à un réflexe citoyen comparable à celui des contestataires turcs s'opposant à la démolition du parc Gezi à Istanbul.

Comparaison n'est pas raison. Mais La Tribune de l'art rappelle que ce sont des habitants de Fontainebleau qui ont sauvé la halle promise à la démolition par la municipalité en faisant barrage aux bulldozers. Mais il y a peu de chances que les citoyens de Gesté se lèvent comme un seul homme pour sauver une église que les monuments historiques ont refusé de classer (à une courte majorité, il est vrai, selon l'attendu de la cour d'appel administrative de Nantes) et que même le diocèse n'a pas jugé bon de défendre.

Source : lepoint.fr

Voir la fiche de l'OPR : ici