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Une cloche dérobée à l’église Saint-Jacques d’Abbeville (Somme) en vente à Drouot

Demain vendredi 28 juin, à l’Hôtel Drouot, salle 4, doit (devait) être vendue par la SVV Joron-Derem une très belle cloche en bronze du XVIIe siècle datée de 1645 et estimée 5000/6000€. Le catalogue précise qu’elle provient de l’« église Saint-Jacques d’Abbeville aujourd’hui détruite ».

 

L’affaire a depuis quelques jours, déjà fait parler d’elle puisque l’information a été reprise par le blog Saint-Jacques l’oubliée, et qu’elle a fait l’objet d’un article du Journal d’Abbeville. D’après la mairie, que nous avons contactée, cette cloche aurait appartenu à l’ancienne église et aurait été vendue à la Révolution ; elle aurait fait partie de la collection d’Andrée Putman depuis très longtemps et sa succession la mettrait en vente. Il n’y aurait donc aucun rapport avec la destruction de l’église. La même histoire a été racontée au Journal d’Abbeville qui rapporte les propos de la mairie : « La cloche qui passe prochainement en vente à Paris fait partie d’une collection privée, dont la propriétaire est récemment décédée. »

Sauf que cette belle histoire n’est qu’une fable. Tout est faux et la mairie ment, une nouvelle fois. Nous avons en effet contacté Me Joron-Derem qui nous a indiqué que le vendeur est un privé, qui a acheté cette cloche il y a quelques mois à un antiquaire, et qui dispose d’une facture.

Si la bonne foi du commissaire-priseur n’est pas à mettre en doute, il pouvait paraître extrêmement surprenant, pour ne pas dire plus, que cette cloche soit miraculeusement réapparue peu de temps après la destruction de l’église.

Nous avons d’abord interrogé Monsieur Jan-Pierre Pelletier, habitant Albert dans la Somme, attaché depuis son enfance à cette église où il a notamment appris le catéchisme, et qui s’est rendu presque tous les jours sur le chantier de démolition. Il nous a confirmé ce qu’il avait écrit dans un commentaire du Journal d’Abbeville : « Je suis formel : quand j’ai assisté à l’écroulement du clocher, j’ai vu tomber deux cloches, qui sont ensuite restées dans les débris sans que le chantier soit interrompu ». Or, l’une des cloches (la Jacqueline), dont nous parlions dans notre article précédent, a été déposée avant la chute. Selon la mairie, il n’y aurait eu qu’une cloche. Et celle-ci cite un article de juillet 1975 de la Société d’émulation d’Abbeville qui indiquerait que Jacqueline est « fille unique ».

Nous avons vu que la mairie mentait. Elle va plus loin : elle trafique les faits. Car cet article dit exactement le contraire : « Jacqueline n’a pas de sœur qui l’accompagne pour sonner. Elle est fille unique. Cependant, plus haut qu’elle se trouve une petite cloche muette sur laquelle on a lu seulement “1645 F Francisco”. Son origine est inconnue ».

      

Et que lit-on sur la cloche mise en vente : cette mention exacte comme le prouvent nos photos (ci-dessus). Contrairement aux mensonges honteux de la mairie d’Abbeville, nous venons donc de démontrer que la superbe cloche historique qui devait passer demain aux enchères est bien une cloche provenant récemment de l’église Saint-Jacques.

Or, le mobilier de l’église Saint-Jacques, construite avant 1905, fait partie du domaine public, et celui-ci est inaliénable et imprescriptible, à moins que sa sortie du domaine public ait été effectuée par un acte administratif constatant son déclassement (article L2141-1 du Code général de la propriété des personnes publiques). Cet acte ne peut exister puisque la mairie prétend que cette seconde cloche n’existait pas.

Cet objet ne peut donc être mis en vente. Et s’il le pouvait, après déclassement, il devrait être « remis au directeur des services fiscaux, aux fins d’aliénation », c’est-à-dire les domaines (article L5342-4 du code général de la propriété des personnes publiques). Me Joron-Derem ne peut donc plus désormais dire qu’il n’en connaît pas la provenance. La démolition de l’église Saint-Jacques se double aujourd’hui d’un autre scandale : comment la mairie a-t-elle pu laisser sortir cet objet de son patrimoine ? Comment a-t-elle osé falsifier à ce point la vérité ? Comment un antiquaire a-t-il pu s’en emparer ? Toutes ces questions devront trouver une réponse.

La cloche ne peut plus être vendue. Nul doute qu’elle sera donc retirée et qu’une enquête sera diligentée par les services compétents. La DRAC Picardie, qui avait très courtoisement répondu à nos questions mais ne pensait rien pouvoir faire, faute de prouver que la cloche viendrait de l’église, devra désormais agir pour empêcher la vente d’un élément du domaine public.

Source : latribunedelart.com