LA CHAPELLE FUJITA A REIMS: UN PATRIMOINE HÉLAS MECONNU — Observatoire du patrimoine religieux

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LA CHAPELLE FUJITA A REIMS: UN PATRIMOINE HÉLAS MECONNU

30 avril 2018

Le peintre Fujita est actuellement en tête d’affiche à Paris avec l’Exposition « Fujita, peindre dans les années folles » au musée Maillol. Si ses peintures sont connues, la Chapelle de la Paix qu’il a crée dans les années 60 l’est hélas beaucoup moins.

LA CHAPELLE FUJITA A REIMS: UN PATRIMOINE HÉLAS MECONNU

La chapelle Fujita

 Le Musée Maillol à Paris, présente une exposition consacrée à l’artiste japonais, naturalisé français, Léonard Tsuguharu Fujita. Plus d’une centaine d’œuvres majeures, issues de collections publiques et privées, retracent le caractère exceptionnel des années folles de Fujita à Montparnasse, entouré de ses amis Modigliani, Zadkine, Soutine. L’exposition se concentre sur la première période parisienne de l’artiste, très productif entre 1913 et 1931 et également à la fin de sa vie période pendant laquelle il a conçu sa chapelle, « La Chapelle de la Paix à Reims ».

 

Qui est Fujita?

fujita3.jpgTsuguharu Fujita nait le 27 novembre 1886 au sein d’une famille qui a déjà régné sur le Japon du VIIe au XIIe siècle. Il présente très tôt des talents artistiques et rentre à 18 ans à l’Ecole des Beaux Arts de Tockyo. Après avoir étudié la peinture traditionnelle japonaise, il choisit de poursuivre son parcours dans la section peinture occidentale. Il rêve d’être le premier peintre à Paris. En 1913, il débarque à Paris ville dans laquelle il forge son style et développe ses sujets récurrents jusqu’en 1931. C’est sa période faste des années folles pendant laquelle l’artiste s’expose beaucoup. C’est un « touche à tout », en plus des peintures, il fabrique des objets décoratifs, travaille sur tous les supports : le bois, la soie.

Ses thèmes récurrents – femmes, chats, natures mortes, enfants et autoportraits – sont spécifiques du foisonnement de sa production artistique.

Fujita traverse les grands courants modernistes sansfujita5.jpg dévier de son schéma de recherche, respectueux de ses racines japonaises et du classicisme des grands maîtres occidentaux. Ses oeuvres en appellent d’autres, celles de ses voisins d’atelier, ses amis, admirateurs et inspirateurs, pour un dialogue enrichissant permettant de mesurer l’originalité et la complémentarité des artistes regroupés sous l’appellation « École de Paris ». Cette Ecole de Paris désigne ainsi l'ensemble des artistes étrangers arrivés au début du XXe siècle dans la capitale à la recherche de conditions favorables à leur art. De 1900 à la Première guerre mondiale, Paris voit en effet l'afflux d'artistes, souvent d'Europe centrale, qui se fixent essentiellement à Montparnasse. Parmi eux, Marc Chagall, , Chaïm Soutine, Pascin, Amadeo Modigliani,Kees van Dongen, Moïse Kisling, Alexander Archipenko, Joseph Csaky, Ossip Zadkine et Tsugouharu Foujita, pour ne citer que les plus célèbres. L'expression « École de Paris » acquiert ainsi un sens propre et communément admis.

En 1931, l’Ecole de Paris se disperse suite au Krach financier qui arrive en France. Fujita part en Amérique latine et au Japon où il se sent mal à l’aise. En 1950, il revient à Paris où l’ambiance n’est plus la même. En 1955, il obtient la nationalité française et a des révélations mystiques à Reims.

 

La conversion de Fujita

En 1959, Fujita se fait baptiser dans la cathédrale de Reims où il a eu une révélation mystique. Sa conversion résulte d’un cheminement intérieur commencé vers 1917. Il reçoit le prénom de Leonard en hommage à Leonard de Vinci et signe désormais ses toiles Leonard Fujita. Il meurt le 29 janvier 1968 à Zurich et est enterré dans la chapelle Notre-Dame de la Paix qu’il a fait construire à Reims et qu’il a entièrement décorée.

 

La chapelle Notre-Dame de la Paix de Fujita

En 1964, Léonard Foujita, converti au catholicisme, décide avec René Lalou (son parrain, qui dirigeait la maison de vin de Champagne Mumm) de construire une chapelle à Reims. C'est la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix, surnommée « chapelle Foujita ».
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Le rêve de Foujita est de construire un ensemble religieux autonome qui permet d'englober toutes les expressions artistiques occidentales traditionnelles. C'est une oeuvre d'art total qui marquera la fin de la carrière de Fujita.


René Lalou, président des champagnes Mumm, et parrain du baptême du peintre a appuyé le projet. Maurice Clauzier (il a dirigé la reconstruction de Vitry le François bombardée pendant la 2e guerre mondiale), rémois, a été choisi comme architecte pour coopérer avec Fujita Le peintre souhaite que la chapelle soit de style roman car de son point de vue, c'est le style architectural le plus pur et le plus simple. Comme l'attestent les archives de l'artiste, la forme générale de la chapelle trouve son inspiration dans les petites églises romanes Bretonnessainte-petronille2.jpg comme Notre-Dame de Tronoën-Penmarch mais aussi chez celles de Provence comme Sainte-Pétronille à Saint-Jeanneret (Alpes-Maritimes). Clauzier réalise ce que lui dit Fujita sur le dessin: une nef à vaisseau unique et trois petites chapelles.

Le vocable « Notre Dame de la paix » fait référence à l'encyclique Pacem in Terris rédigée par le pape Jean XXIII. Publiée en 1963 , cette célèbre encyclique, adressée à tous et non pas seulement aux catholiques est rédigée comme un message de paix.


Cette chapelle, de style néo-roman est située à proximité du centre historique de Reims dans la rue du Champ de Mars. Sa construction commence en 1965 et se termine en mai 1966, elle se réalise sur un terrain offert par leChampagne G.H. Mumm.


L'intérieur de l'édifice est largement recouvert par des fresques peintes par Léonard Fujita et représentant différents passages de l'Histoire sainte, dont la plupart reprennent des scènes de la vie du Christ. La peinture à fresque implique l'absence de reprise ou la moindre hésitation. Chaque composition commencée doit se terminer dans la journée.Il met au point lui-même les pigments. Foujita a été marqué par les œuvres de Diego Rivera, créateur du muralisme mexicain, qui a vécu à Paris entre 1909 et 1921.  Diego Rivera a réalisé son portrait en 1914. Le peintre japonais l'avait revu lors de son séjour au Mexique.


Les vitraux ont également été peints par Foujita et réalisés par le maître-verrier Charles Marq. Les motifs reprennent des scènes de la vie en Champagne et des vues de la campagne.


En août 1966, Foujita a terminé ses travaux. Il a 80 ans quand il réalise ce chantier.
La chapelle fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 8 juin 1992 (PA00078928).


Elle est bénie le 1er octobre 1966 par Monseigneur Béjot qui avait déjà baptisé Léonard, en présence de son ami René Lalou ainsi que de la famille Taittinger, puis solennellement remise à la ville de Reims le 18 octobre suivant. Depuis le 3 octobre 2003, elle abrite les cendres de Fujita ainsi que la tombe de sa dernière épouse, Marie-Ange, décédée en 2009.

 

                                                                   Claire Danieli  30/04/2018
 

 

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