L'ANIMAL, L'HOMME ET LE PATRIMOINE RELIGIEUX — Observatoire du patrimoine religieux

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L'ANIMAL, L'HOMME ET LE PATRIMOINE RELIGIEUX

21 mars 2018

Cette année, les journées du Patrimoine de Pays et des Moulins parrainées par le journaliste Jean-Pierre Pernaut et qui ont lieu les 16 et 17 juin ont pour thème l"Homme et l'Animal".
Quelle est la relation entre l'Animal et le Patrimoine Religieux? Guillaume Herrou étudiant à l'Ecole du Louvre et actuellement stagiaire à l'OPR tente de répondre à cette question.

L'ANIMAL, L'HOMME ET LE PATRIMOINE RELIGIEUX

"Bête de la mer", Tenture de l'Apocalypse, Château d'Angers,XIVe siècle

 Cette année, les journées du Patrimoine de Pays et des Moulins parrainées par le journaliste Jean-Pierre Pernaut et qui ont lieu les 16 et 17 juin ont pour thème l"Homme et l'Animal".
Quelle est la relation entre l'Animal et le Patrimoine Religieux? Guillaume Herrou étudiant à l'Ecole du Louvre et actuellement stagiaire à l'OPR tente de répondre à cette question.

« Tu ne te feras pas d'image taillée, ni aucune figure de ce qui est en haut dans le ciel, ou de ce qui est en bas sur la terre, ou de ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre. » [Exode 20,4] Malgré l’interdit Mosaïque, la représentation figurée est omniprésente dans les édifices cultuels chrétiens. Celle-ci se compose majoritairement de scènes de la vie du Christ, de la Vierge et des saints où l’animal a une place non négligeable. Ainsi, qu’il soit réaliste ou fantastique, symbolique ou non, l’animal devient indissociable du répertoire chrétien.

L’art chrétien se développe dans le contexte socio-culturel de l’Empire romain, un monde où l’image est le support du culte comme le taureau de Mithra ou l’aigle de Jupiter. Aussi, les premières communautés chrétiennes participent-elles partiellement à cet engouement pour l’image. Selon le Liber Pontificalis, l’empereur Constantin commande des sculptures de cerfs en argent pour orner le baptistère de Saint-Jean-du-Latran à Rome. Néanmoins, la ronde-bosse disparaît jusqu’à l’époque romane sous la pression de la hiérarchie ecclésiale. La peinture murale et la mosaïque restent, elles, présentes dans les programmes monumentaux. Ce rejet de la représentation et du décor connaît des résurgences lors de la crise iconoclaste dans l’Empire d’Orient, de l’établissement des statuts de l’Ordre cistercien ou lors de la Réforme. (Les Statuts de Cîteaux (1150-1152) : « Nous interdisons que l’on fasse des sculptures ou des peintures dans
nos églises ou dans les autres lieux du monastère, par ce que pendant qu’on regarde, on néglige souvent
l’utilité d’une bonne méditation et la discipline de la gravité religieuse). »

panthère.jpg

Dans ce contexte artistique, le répertoire animalier se développe en parallèle de l’émergence d’une iconographie chrétienne. Les premières représentations chrétiennes sont des images-signes, des images simples permettant de montrer son appartenance à la nouvelle foi tout en gardant une certaine ambiguïté pour les non-initiés afin de réduire les risques de persécutions.

Ainsi, le poisson devient le symbole du Christ. Courant dans les œuvres nautiques romaines, il est néanmoins perçu par les Chrétiens comme l’acrostiche du nom du Christ en grec : le mot poisson en grec, « ichtus », permet de former les premières lettres de « Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur » (ICHTUS ou IXΘYΣ donne Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »), Χριστὸς / Khristòs (« Christ »), Θεοῦ / Theoû (« de Dieu »), Υἱὸς / Huiòs (« fils »), Σωτήρ / Sôtếr (« sauveur ») . Les Chrétiens reprennent des motifs issus de la culture profane comme le bon pasteur, un berger souvent criophore. Les influences sont multiples : les représentations animalières étrangères comme les lions-gardiens de temples orientaux, la connaissance encyclopédique des bestiaires comme le Physiologus (seconde moitié du IIe siècle) ou de Philippe de Thaon (1121-1135), ou tout simplement l’observation de la nature au quotidien.

L’iconographie animalière est avant tout issue des textes. Le règne animal estnectaire.jpg présent dès le premier livre de la Bible lors de la Création comme prenant part àapocal.jpg l’Œuvre de Dieu. Ainsi, les animaux participent aux grandes scènes représentées de l’Ancien Testament comme l’arche de Noé ou du Nouveau Testament comme l’âne de la fuite en Egypte ou les animaux de la Nativité.

Le répertoire est complété par les sources exégétiques et hagiographiques. Le cerf peut, par exemple, faire référence à l’épisode de la chasse de saint Eustache de Rome qui aurait vu une croix entre les bois de l’animal.

Le répertoire est aussi complété par les légendes comme le montre la représentation d’une sirène et d’un centaure sur le chapiteau de l’ancienne basilique Notre-Dame de la Daurade à Toulouse. Ce bestiaire ecclésial comprend donc aussi des animaux fantastiques que l’on retrouve dans les représentations deapocal.jpg l’Apocalypse de saint Jean. La tenture de l’Apocalypse conservé au château d’Angers est réalisée à la fin du XIVe siècle pour la cathédrale de la ville par le roi René. Elle montre tout l’étendue du répertoire démoniaque médiéval notamment avec la représentation de la bête de l’Apocalypse.

Cette diversité dans le répertoire iconographique exprime aussi une gana.jpgdiversité de leur fonction. Alors que certains sont seulement un moyen de contextualisation comme la représentation de Daniel dans la fosse aux lions ou simplement d’ornement, d’autres animaux sont représentés pour leur portée symbolique. Ainsi, de nombreux animaux ou bêtes ont une fonction apotropaïque dans les décors ecclésiaux comme les gargouilles.

Mais ils peuvent aussi être porteur d’un gana.jpgmessage dogmatique fort. Le Tétramorphe est une illustration de la vision d’Ezéchiel reprise par saint Jean l’Evangéliste. Ces « Quatre Vivants », l’homme, le lion, le taureau et l’aigle, sont interprétés par l’exégèse comme les quatre Evangiles puis par extension, les quatre évangélistes. Saint Jérôme au IVe siècle explique même qu’ils correspondent à des caractéristiques du Christ : son incarnation, sa force, son sacrifice et sa résurrection.

Le bestiaire s’insère donc largement dans le répertoire chrétien représenté dans les églises. Marque de la Création divine, il illustre aussi les évolutions de l’imaginaire des fidèles et leurs croyances.

 

                                                    Claire Danieli et Guillaume Herrou  21/03/2018

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