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Le patrimoine religieux français a-t-il encore un avenir ?

30 juin 2017

Vols à répétition, ventes et transformations de lieux de culte, destructions et – bien plus nombreux – abandons purs et simples, constituent les premières menaces.

Le patrimoine religieux français a-t-il encore un avenir ?

Sainte-Thérèse (Saint-Jean de Monts, détruite en 2016)


Le patrimoine religieux français a-t-il encore un avenir ?


Après de nombreuses destructions d’édifices religieux en 2016 (année record depuis 2001) et d’autres dont la démolition est annoncée pour 2017 telles les églises de Sablé-sur-Sarthe (72), de Jussy-le-Chaudrier (18) et d’Asnan (58), l’Observatoire du Patrimoine Religieux, association non-confessionnelle œuvrant au rayonnement et à la préservation du patrimoine religieux français, dresse un état des lieux de la situation du patrimoine cultuel.
En dépit de l’excellent travail de nombreux maires ou associations de défense, ce patrimoine reste fragile et menacé. Vols à répétition, ventes et transformations de lieux de culte, destructions et – bien plus nombreux – abandons purs et simples, constituent les premières menaces.
À celles-ci, la situation financière de l’État et des collectivités pose à moyen terme la question du financement de l’entretien et de l’ouverture de ce patrimoine identitaire auquel les Français sont très attachés. En effet, l’affaiblissement des finances publiques sont autant d’hypothèques sur l’avenir de l’ensemble extraordinaire des édifices cultuels français.

 

Si rien n’est fait, des milliers de monuments religieux pourraient
disparaître d’ici à 20 ans!

 

I. Un patrimoine exceptionnel, mais menacé: état des lieux.

 

1. Le patrimoine religieux et sa place dans notre société

  • Un ensemble unique

Le patrimoine religieux français, cathédrales, églises, chapelles, abbayes, synagogues, temples, mosquées ou pagodes, forme un ensemble unique au monde de près de 90 000 édifices (environ 2,5 par commune, en moyenne), comptant parmi eux les plus belles réalisations architecturales de notre ère. Elles sont d’autant plus précieuses qu’elles contiennent d’innombrables œuvres d’art: peintures, vitraux, sculptures, objets d’art sacré signés des plus grands artistes. Les édifices religieux, notamment les églises, comptent ainsi plus d’objets d’art que les musées, dont la qualité est tout aussi riche, des peintres et sculpteurs flamands aux plus grands artistes contemporains, en passant par les maîtres de la Renaissance ou du Grand Siècle.


C’est le patrimoine le plus important quantitativement de France et le seul dont on conserve des édifices pour chaque période de notre ère, et ce depuis le IVe siècle jusqu’à nos jours.

 

Baptistère de Poitiers-Crypte de Jouarre-Basilique de la Daurade Toulouse-Cathédrale d'Evry


Les églises sont les seuls édifices patrimoniaux dont la fonction originelle est encore maintenue. Mais au lieu de susciter de l’admiration, cet argument est utilisé à tort. En effet, nombreux sont les détracteurs à se plaindre de la baisse de fréquentation des églises et à opter, faute de fidèles, pour la destruction d’un édifice qui «ne sert plus». Mais doit-on rappeler qu’en France nous conservons des fortifications qui ne servent plus en tant qu’éléments défensifs? Doit-on pour autant raser toutes les anciennes forteresses? Doit-on également rappeler qu’en France nous conservons des lavoirs? Pourtant, ceux-ci ne sont plus utilisés par les populations. Doit-on, puisqu’ils ne «servent plus», raser tous les lavoirs qui enrichissent nos communes? Cet exemple pourrait s’appliquer à l’ensemble du patrimoine français!

Le patrimoine ne saurait être rabaissé à une simple question d’usage, il est bien plus que cela.

 

  • Un patrimoine qui structure et marque le paysage

Le patrimoine religieux français structure et marque le paysage avec ses villages organisés à l’ombre de l’église et de son clocher et ses villes, telles que Chartres, centrées sur une cathédrale monumentale. Ce patrimoine millénaire représente un atout considérable pour la France dont une des premières industries est le tourisme. Notre pays accueille chaque année plus de 80 000 000 millions de visiteurs qui traversent l’ensemble de la France, départements et territoires d’Outre-Mer compris, des plus grandes villes aux plus petits villages, en partie grâce au patrimoine religieux. Rappelons que Notre-Dame de Paris et la basilique du Sacré-Cœur de Paris attirent chacune 11 à 13 millions de visiteurs par an.
 

 

Notre-Dame et le Sacré-Coeur de Paris et la foule des visiteurs

Ainsi, le patrimoine religieux participe à la mise en valeur d’un territoire et à la création d’emplois de façon directe (guides, artisans d’art…) comme indirecte (hébergement et restauration). De nombreux artisans tels les charpentiers, les couvreurs mais aussi les maîtres verriers, les tailleurs de pierre et tous les restaurateurs d’art exercent dans le cadre d’une restauration d’édifice religieux. Le maintien de ce patrimoine permet alors de conserver des techniques et des savoir-faire. Il est également formateur et facteur de réinsertion puisque les chantiers de lycéens en formation dans le BPT, de jeunes bénévoles ou en réinsertion sont de plus en plus nombreux. Il est donc un atout, tant sur le plan touristique que culturel et social. Le patrimoine religieux n’est pas uniquement synonyme de restaurations ou de destructions. Il rime également avec construction et représente dès lors un gisement d’emplois substantiel, tant pour les bâtisseurs et artistes que pour ses animateurs. Ceux-ci, professionnels de la culture et du tourisme y organisent chaque année, outre des visites des lieux, de très nombreux concerts, expositions et festivals, qui animent et font vivre villes et villages.


Ce trésor des siècles passés, enrichi jusqu’à nos jours, est pourtant méconnu.

 

  • Des édifices mal entretenus

En effet, notre connaissance du patrimoine religieux de l’ensemble du territoire est incomplète et de nombreux édifices ne sont pas répertoriés. Depuis maintenant quelques années, on constate que leur pérennité est menacée par un manque d’entretien régulier. Les bâtiments les moins documentés et les plus isolés sont les plus fragiles. Depuis la fin des années 1990, de nombreux lieux de culte ont ainsi été abandonnés, vendus ou parfois détruits (démolition qui engendre un coût souvent proche de la restauration) suscitant une critique croissante de l’opinion publique et l’intérêt toujours grandissant de la part des médias. Aujourd’hui, les responsables du patrimoine, qu’ils soient élus ou associations, se mobilisent davantage afin de sauvegarder leur patrimoine culturel local.

 

Eglise de Dreuil-Hamel

Combien d’édifices religieux en France?

  • L’inventaire de l’OPR est le seul à recenser les édifices cultuels de toutes les confessions, de toutes les époques, de tous les «niveaux d’intérêt patrimonial», qu’ils soient affectés au culte ou non. Chaque année, l’inventaire nous permet d’ajuster nos estimations.
  • Avec, en moyenne, 2,5 édifices par commune, c’est près de 90 000 édifices religieux qui ont ainsi vocation à figurer au sein de cet inventaire, qu’ils soient classés, inscrits ou non, anciens ou récents, modestes ou monumentaux, quels qu’en soient les propriétaires et les cultes concernés.
  • Sont ainsi recensés: les églises paroissiales, les cathédrales, les collégiales mais aussi les chapelles appartenant aux communes comme aux congrégations religieuses et aux hôpitaux, ou encore aux particuliers, les mosquées, les synagogues, les temples protestants, les pagodes bouddhistes, etc.
  • Le patrimoine catholique en représente la grande majorité, 90/95% du total. Aux 42 258 églises et chapelles paroissiales doivent être ajoutées les chapelles de particuliers, d’hôpitaux, de châteaux, de congrégations, les abbatiales, etc...

 

2. Un patrimoine sans cesse renouvelé


Le patrimoine religieux français s’est enrichi à toutes les époques, chacune y apportant sa contribution avec une architecture et un style qui lui est propre. Cette dynamique se poursuit, en particulier dans les zones urbaines.

  • Culte catholique:

Largement majoritaire dans le paysage monumental religieux français, le patrimoine catholique s’accroît chaque année de nouveaux édifices. Ces nouvelles constructions des diocèses répondent principalement à la création ou à la croissance démographique de nouveaux quartiers, surtout dans les grandes villes et leurs banlieues.

Ainsi, en Île-de-France, les Chantiers du Cardinal mènent actuellement une quinzaine de projets de constructions (Centre paroissial Saint-Colomban de Serris (77); Centre paroissial Saint-Pierre-Saint-Paul à Montfermeil (93) et de rénovations (église du Saint-Esprit à Viry-Châtillon (91) et l’église Sainte-Marie-des-Fontenelles à Nanterre (92). En province, on peut citer la future église de l'Anastasis à Saint-Jacques de Lalande, près de Rennes. Leur vocation est de répondre aux besoins des populations en créant de nouveaux édifices ou en adaptant les existants.

Projet centre paroissial Saint-Pierre-Saint-Paul à Montfermeil

  • Culte musulman:

Le ministère de l'Intérieur dénombre, en 2014, 2 368 lieux de cultes musulmans et, en 2015, 2200 mosquées en France. En 2016, l’Observatoire du Patrimoine Religieux avait compté 24 constructions ou agrandissements de mosquées en France.

La mosquée de Créteil

  • Autres cultes:

Les autres cultes sont moins dynamiques mais cela correspond à la réalité de la pratique religieuse en France. Notons pour 2016-2017, les grandes constructions que sont la cathédrale russe orthodoxe de la Sainte-Trinité de Paris et le Temple mormon du Chesnay (78). Enfin, l’entente (ou du moins cette volonté de vivre ensemble) entre les différentes religions présentes sur notre territoire se matérialise par des regroupements de lieux de culte comme à Bussy-Saint-Georges (77) où l’Esplanade des religions réunit une église protestante, une mosquée, deux temples bouddhistes et prochainement une synagogue.

Mosquée et temple bouddhiste de Bussy-Saint-Georges

Cet enrichissement concerne donc toutes les religions et répond aux besoins spirituels ou communautaires de populations nouvelles. Leur croissance – qu’elle soit la conséquence d’une immigration, d’un renouvellement naturel ou de conversions – et la construction de nouveaux quartiers conduisent à un développement considérable du patrimoine religieux français. Elle prouve l’importance de ce patrimoine, marqueur à la fois historique et identitaire, qu’il convient de préserver ou de créer lorsque le besoin s’en fait sentir.

 

3. Un patrimoine pourtant menacé, même à Paris

  • Etat des lieux

L’état général de notre patrimoine religieux est inquiétant. Si de nombreuses communes, même rurales et modestes, restaurent et font vivre leurs églises de façon remarquable, à l’échelle nationale, le patrimoine religieux n’est pas toujours entretenu ou restauré. Notre inventaire recense plus de 500 églises directement menacées (menace de destruction, risque d’effondrement, chutes de pierres etc.). Mais, il convient d’alerter sur le nombre important d’édifices méconnus et dont l’état de conservation se dégrade dans l’ignorance la plus totale. Notre inventaire recense à l’heure actuelle plus de 5000 édifices nécessitant des travaux d’entretien. Si rien n’est fait d’ici les dix prochaines années, ces édifices en souffrance grossiront le chiffre des édifices menacés (qui passera donc à plus de 5000).

  • Le cas parisien

De nombreuses églises, y compris à Paris, sont, depuis trop d’années, couvertes de bâches ou de filets de protection. Dans la capitale, le «plan églises» mis en place dans les années 1990 face à l’urgence de la situation s’est effiloché à partir de 2004 à tel point que les plus grandes églises de Paris nécessitent aujourd’hui plusieurs centaines de millions d’euros de travaux.

En 2017, la mairie de Paris a déjà engagé et/ou fini des travaux dans de nombreuses églises: Saint-Germain-de-Charonne, Saint-Paul-Saint-Louis, Saint-Augustin, La Madeleine, Saint-Eustache, Saint-Merry, Saint-Médard, Notre-Dame-de-Lorette. Sont prévus prochainement des travaux à Saint-Gervais, Saint-Philippe-du-Roule, la Trinité, Saint-Louis-en-l’Île, notamment. Notons que l’église Saint-Germain-des-Prés est restaurée uniquement grâce à des subventions privées. La mission est vaste et la mairie doit désormais faire les frais de dizaines d’années de manque d’entretien coupable.

 

Saint-Germain l'Auxerrois et Saint-Séverin de Paris

L’OPR souligne que d’autres églises mériteraient une intervention rapide comme Saint-Séverin et Saint-Germain-l’Auxerrois. En dehors des 96 édifices religieux qui appartiennent à la mairie, il existe à Paris 530 édifices religieux dont 314 sont catholiques.
Ainsi, le sort des chapelles appartenant aux hôpitaux inquiète, à l’image de celle de l’hôpital Laënnec complètement dénaturée par son nouveau propriétaire. Quel avenir pour la chapelle de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu dont des travaux de réaménagement de l’hôpital tout entier menacent l’édifice en tant que lieu de culte ? Leur état de conservation est tout aussi alarmant comme c’est le cas de la chapelle de l’hôpital Saint-Louis (intérieur) et de la chapelle de l’hôpital Lariboisière?

 

4. Le cas particulier du patrimoine du XIXe et du XXe siècle

 

  • Un patrimoine mal aimé

La grande majorité des lieux de culte détruits en France, ou menacés de destruction sont postérieurs la Révolution de 1789. Qu’ils datent du XIXe ou du XXe siècle, ces monuments, comme d’ailleurs l’ensemble du patrimoine civil de cette époque, restent mal aimés par les Français, qui n’y voient, à tort, que des pastiches sans intérêt historique ou architectural. Ces avis sont hélas souvent partagés par les autorités administratives et religieuses; nombreux sont les experts ou les élus prêts à démolir des monuments qui ont le tort d’incarner, de façon trop visible, la foi, ou de ne pas disposer d’un passé historique majeur.
 

 

Saint-Paul de Montluçon et Saint-Pardoux de Mont-Dore

  • Une autre expression artistique de la foi

Lors du colloque organisé par la Conférence des Évêques de France au mois de mars 2017, la question de l’art et de l’architecture religieux a été au centre du débat. Il y a été clairement rappelé que la foi s’est exprimée de différentes manières au fil des siècles. Si certaines époques ont favorisé une architecture et des décors modestes, d’autres ont préféré un art plus théâtral, mêlant splendeur et ostentation. Notre devoir est de comprendre que ce langage de la foi est aussi authentique qu’un autre et qu’il convient à notre génération de les conserver, tous et au maximum, afin de les transmettre aux générations futures qui seront, peut-être, plus sensibles à ce qu’aujourd’hui nous méprisons ou ignorons.
Car, quand bien même une église ne serait que peu innovante d’un point de vue artistique ou ne posséderait pas une histoire des plus marquantes, elle reste la première maison communale du village, l’incarnation de son identité collective, même aujourd’hui au XXIe siècle. Enfin, l’argument de la «qualité» avancée par les destructeurs mérite d’être nuancé. Si effectivement certaines constructions des XIXe–XXe siècles n’ont pas été solidement réalisées, il convient de rappeler que le mauvais état du bâtiment est en réalité dû à un manque d’entretien chronique.

 

II. Abandons, ventes… les symptômes d’un patrimoine à la dérive

 

1. L’abandon, la cause principale de la dégradation des édifices religieux

  • Le cercle vicieux de l'abandon

Le plus grand danger actuellement pour le patrimoine religieux est l’abandon. La plupart des cas d’édifices religieux en danger (menace d’effondrements, chutes de pierres et de maçonneries, mise en péril etc.) concerne des édifices que l’on a trop longtemps laissé sans entretien, et ce depuis des dizaines d’années. Face au coût des restaurations, les propriétaires retardent le lancement des travaux; lorsqu’il s’agit de mairies, elles repoussent la prise de décision à la prochaine mandature. Au départ, il ne s’agit que de simples travaux de consolidation, d’entretien de la toiture pour garantir l’étanchéité, de réparation d’un vitrail etc. Mais plus un propriétaire attend pour entamer une campagne de restauration et plus les dégâts vont croissants de même que le coût des travaux qui peuvent alors doubler, tripler. Au final, le propriétaire est acculé et la somme est tellement élevée que la restauration n’est plus envisagée. L’édifice est alors laissé à l’abandon et le propriétaire attend (parfois avec hâte) de pouvoir détruire l’édifice.

«La destruction pure et simple de ces édifices comme leur vente ou leur abandon par des transformations abusives nous engagent à poursuivre notre combat. S’il convient de saluer le travail remarquable de nombreux propriétaires, et en particulier de la majorité des maires des 35 416 communes françaises (2017), il ne faut pas oublier que l’absence d’entretien, couplée à une réelle volonté de destruction d’édifices cultuels, quelles qu’en soient les motivations, font peser un risque de plus en plus fort sur ce patrimoine.» Béatrice de Andia, fondatrice de l’OPR.

Actuellement, l’OPR recense des centaines d’édifices religieux à l’abandon.

  •  Pensons au cas de Saint-Nicaise de Rouen, l’église rendue célèbre par les actions de Nuit Debout. Désacralisée, elle est administrativement en cours de désaffectation. Constituée d'un chœur gothique flamboyant du XVIe siècle, sur lequel vient se greffer une nef Art déco signée Pierre Chirol et Émile Gaillard, l’église est décorée de vitraux de Max Ingrand et bénéficie d'une inscription à l'inventaire des Monuments Historiques. Cela ne la protège en rien. En 2008, le coût des travaux s’élevait à 3 millions d’euros. Il va de soi que presque 10 ans plus tard sans aucune intervention, ce chiffre a augmenté. L’association La Boise de Saint-Nicaise se bat pour que les travaux soit lancés par la municipalité propriétaire.

Saint-Nicaise de Rouen

  •  À Jussy-le-Chaudrier (624 habitants en 2014), dans le Cher, le conseil municipal a voté la destruction de l'église Saint-Julien, mal entretenue (voire non entretenue) depuis des dizaines d’années. Sans surprise, l’édifice s’est dégradé et, pour cause de danger d'effondrement (fissures dans les murs et la voûte), l'église datant des XIIIème, XVIIIème et XIXème siècles est fermée depuis 2011. Le coût de la destruction est estimé à minimum 500 000 €, alors que sa mise en sécurité serait de l'ordre de 500 000 € (chiffre contesté par un autre architecte qui l'a évalué à 106 000€). Les 1 500 000 euros de travaux de restauration annoncés mériteraient donc également une nouvelle évaluation. Sauver son patrimoine est une question de volonté: nous regrettons le choix de la mairie qui, par ailleurs et le même jour vote pour près de 500 000€ des aménagements urbains, peut-être nécessaires mais pas aussi urgents que les travaux de l'église. Une mobilisation populaire se met en place par la création d’une association de sauvegarde soutenue par l’OPR.
  •  À Asnan (130 habitants en 2014), dans la Nièvre, la municipalité a décidé en avril 2017 la destruction de l’église du XIXe siècle, malgré 60 000€ de travaux réalisés en 2009/2010 et subventionnés à 76% notamment par le Conseil Régional, la réserve parlementaire d’un sénateur, le Conseil Général, la Fondation du Patrimoine et une souscription publique. Les années suivantes, aucune campagne de travaux n’est entamée. Sans entretien de la part de la mairie, une partie de la voûte s’effondre. L’église est alors fermée en 2013. L’association de défense se bat pour sauver l’église dont les travaux ont été chiffrés à 2 000 000€. Ce chiffre aurait été bien moindre si des travaux d’entretien avaient été régulièrement planifiés. Avec seulement 130 habitants, le budget de la commune est des plus serrés mais les travaux de 2009/2010 prouvent qu’il est possible de trouver des fonds et de sauver son église. Pour l’instant, les travaux de mise en sécurité s’élèveraient à 150 000€, ce qui permettrait de gagner du temps, en attendant de nouvelles levées de fonds.

 

Eglise d'Asnan

  •  À Villeneuve-sur-Auvers (608 habitants en 2014) dans l’Essonne, l’église Saint-Thomas Becket, datant des XIIe, XVe, XVIe et XIXe siècles, souffre de dizaines d’années d’abandon par la mairie. C’est à l’actuelle municipalité qu’incombe de restaurer des dégâts qui se sont accumulés pendant tout le XXe siècle à cause de l’inaction des précédentes mandatures. Elle a déjà investi la somme très importante pour une petite commune de 260 000€ mais il lui faut encore trouver, avec l’aide de l’association locale de défense, 500 000€.
  •  Enfin, à Hazebrouck (21 708 habitants en 2014), dans le Nord, l'église du Sacré-Cœur, construite en 1912, fermée depuis avril 2015 après l'effondrement de son plafond, risque de faire également les frais d'une démolition programmée, car la mairie indique qu'il n'y a pas d'argent pour la restaurer. Le premier adjoint, fervent défenseur de l'édifice envisagerait de monter une association de sauvegarde.

 

2. La vente et la transformation des édifices religieux: la fausse bonne idée pour sauver le patrimoine?

  • Transformer pour sauver ?

Dans une moindre mesure, on déplore la transformation d’édifices religieux car celle-ci induit forcément des modifications internes et/ou structurelles de l’édifice patrimonial que l’on s’efforce pourtant de conserver le plus possible dans son état d’origine. Par exemple, transformer une église en habitation demande énormément de modifications et donc de dénaturations (division de l’espace par la construction de murs et de planchers pour les étages, installation de canalisations, reprise des murs par la pose d’enduits etc.).
Pourtant, il faut bien admettre que la transformation est une bien meilleure solution que la démolition ou l’abandon. Dans ce cas-là, l’OPR insiste sur le respect qu’il convient d’avoir pour l’édifice religieux. L'exemple FARLAB de l'église Saint-Louis à Tourcoing transformée par le compagnon charpentier-couvreur Sylvani Hoarau, en siège de sa société, lieu de rencontres et habitation mérite toute notre admiration.

  • Les citoyens, les gardiens du patrimoine religieux

Nous avons en effet constaté que, pour les populations locales qu’elles soient croyantes, pratiquantes ou non, l’édifice garde une symbolique forte même s’il est désacralisé. Ainsi, il apparaît particulièrement outrageant de transformer une église en débit de boisson, en fast-food ou en magasin de lingerie. Les populations interrogées sont favorables à une transformation quand elle est culturelle, à savoir en bibliothèque, salle d’exposition, musée, salle de concert.
Mais il convient d’être prudent. Certains élus regrettent de voir que l’édifice qu’ils ont transformé en salle d’exposition ou de concert n’attire pas davantage que lorsqu’il était une église, comme le déplore le nouveau maire de Vaux-le-Bardoult dans l’Orne. Le projet de transformation doit donc être crédible et préalablement étudié. Il doit répondre à un véritable besoin de la population.


III. Quelles solutions pour le patrimoine religieux?

 

1. Les devoirs de la commune et de l’affectataire.

  • Entretenir c'est se prémunir !

La première mesure à appliquer pour sauver le patrimoine religieux est de l’entretenir régulièrement. Il s’agit d’une prérogative du propriétaire et, dans certains cas, d’un devoir. En effet, lorsqu’une commune est propriétaire d’une église alors affectée au culte catholique, elle a le devoir de l’entretenir et de la restaurer.

  • La propriété de l'église

Représentée par son Maire, la commune est propriétaire de l’église affectée au culte, de ses dépendances et de son mobilier. Les églises affectées au culte et leur mobilier font ainsi partie du domaine public de la commune. À ce titre, ils sont inaliénables, imprescriptibles et insaisissables. La commune peut céder, sans remettre en cause les droits de l’affectataire, cette propriété à une communauté de communes ou à une collectivité territoriale.

  • L'utilisation des lieux

La commune doit assurer la liberté de culte, en maintenant l’édifice dans un état permettant aux offices de se tenir, notamment en matière de sécurité et d’accessibilité. L’affectataire, lui, est tenu de financer l’entretien de l’édifice (chauffage, électricité...), mais la commune peut prendre en charge tout ou partie de ces dépenses dans la mesure où elles concourent au bon état sanitaire de l’édifice et à sa protection (alarme, sécurité incendie…). Souvent, on observe un partage équitable de ces dépenses.

  • Les travaux

La commune est tenue d’assurer le clos et le couvert de l’édifice, et ces travaux peuvent avoir lieu même sans l’accord de l’affectataire. Les travaux de décoration et de confort, ou de mise aux normes (Établissements Recevant du Public), peuvent susciter l’accord de l’affectataire s’ils ont une incidence sur le culte (décor, occupation de l’espace…). L’affectataire peut demander à réaliser des travaux ou des transformations, mais doit obtenir l’autorisation préalable du propriétaire. Les travaux menés sur le mobilier doivent l’être par le propriétaire avec l’accord de l’affectataire (par exemple, restauration d’un autel).
Les associations, qu’elles soient pour la protection du patrimoine ou pour la vie culturelle, ne peuvent en aucun cas se substituer aux responsabilités qui incombent au propriétaire et à l’affectataire.

L’OPR recommande vivement aux propriétaires de choisir une assurance présentant un haut niveau de garantie, notamment contre le vol, les dégradations et les incendies (plusieurs cas chaque année en France).

 

En plus d’un entretien régulier, il convient d’entreprendre d’importants travaux:

  •  Les toitures et la maçonnerie des bâtiments sont à reprendre tous les 70 à 100 ans.
  •  L’électricité et le chauffage sont à reprendre tous les 50 ans maximum.

 

2. Des solutions pour les communes en souffrance budgétaire

  • Les financements

De nombreuses solutions sont déjà possibles pour aider les propriétaires et notamment les communes à petit budget. Tout un système de subvention existe en France afin de soutenir la restauration des édifices patrimoniaux.
Les projets peuvent être en partie financés par la DRAC, s’il s’agit d’édifices classés ou inscrits, ou encore le Conseil Régional et le Conseil Général.

Des fondations peuvent également intervenir comme la Sauvegarde de l’art français et la Fondation du Patrimoine. Il existe aussi des dotations mises en place par l’État pour aider les petites communes, comme la DETR (Dotation d’Équipement des Territoires Ruraux).

  • Vers une dotation des communes spécifique ?

Enfin, la bonne volonté des élus, si elle demeure indispensable, ne sera plus suffisante pour garantir la pérennité de notre patrimoine et de nouvelles solutions doivent être trouvées. L’OPR soutient une proposition qui a été faite récemment :

Sanctuariser une dotation affectée aux communes et destinée à la préservation et à l’entretien de leur patrimoine public municipal . En effet, certaines communes ont un maigre budget, moins de 200 habitants et pourtant ont à leur charge plusieurs édifices monumentaux et à forte valeur patrimoniale. Cette dotation devrait prendre en compte non seulement le budget de la commune mais aussi le type et le nombre d’édifices concernés.

 


Marie-Laure CAZE (PAIN) - patrimoine.religieux[nospam]free.fr
 

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