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L'église de Plouagat "sauvée" par un référendum (1er sept 2013)

26 août 2013

Fermée depuis 2012 en raison d'une grande vétusté, l'église fut construite entre 1760 et 1878 sur l'emplacement d'un ancien prieuré dépendant de l'abbaye de Beauport, un des plus importants ensembles d'architecture religieuse conservés en Bretagne.
Sur la base des études commandées par la commune pour estimer le coût des travaux de réhabilitation de l'église, le maire a fait appel au suffrage de la population pour décider de la réalisation de ces travaux. Le projet de restauration sera validé en cas d'une issue favorable au référendum auquel plus de 50% des électeurs inscrits ont participé. 80% des électeurs ont voté en faveur de la restauration le 1er septembre 2013.

Voici en quasi-intégralité l'excellent article de Didier Ryckner dans la non moins excellente Tribune de l'art. L'OPR ne peut que partager ses constats et s'associer à ses conclusions.

Dimanche dernier, le village de Plouagat, dans les Côtes-d’Armor, faisait voter ses administrés pour leur demander s’ils voulaient, ou non, que leur église soit détruite ou restaurée. Le résultat est sans ambiguïté puisque plus de 80% des participants ont décidé de la restauration, malgré un coût affiché de 1 à 1,5 million d’euros. En 2010 une autre église bretonne, celle de Plounérin, était également plébiscitée à plus de 60% lors d’un scrutin comparable, alors que le maire communiste ne cachait pas son hostilité à sa conservation.

Certes, de tels référendums ont toutes les apparences de la démocratie. Bien sûr, le résultat étant en faveur de la sauvegarde de ces monuments, on ne peut que s’en réjouir, d’autant qu’il prouve que la population est sensible à la protection et à la conservation des édifices religieux qui marquent sa ville, ce qui devrait servir d’avertissement à tous les maires qui veulent suivre le même chemin. On aurait souhaité que les habitants de Gesté puissent ainsi sauvegarder leur église.

Mais, sur le fond, ce scrutin pose sans doute davantage de questions qu’il n’en résout.
D’abord parce que la conservation d’un monument historique (protégé ou non) ne concerne pas, loin de là, que les habitants de la commune où il se trouve. Le patrimoine appartient à tous. La démolition de l’église de Gesté nous touche profondément, même si nous n’habitons pas ce village et si nous n’y remettrons jamais les pieds, celui-ci étant désormais totalement sans aucun intérêt. Ensuite parce que le rôle d’un maire est de gérer sa commune et de la transmettre, dans les meilleures conditions possibles, à ses successeurs et aux habitants. C’est à lui de faire ce qu’il faut pour sauvegarder le patrimoine de sa ville. Demander l’avis de ses administrés sur un tel sujet est un comportement de Ponce Pilate qui vaut mieux certes que celui de bourreau. Enfin, parce que si les votants avaient décidé de la destruction de l’édifice, aurait-il fallu pour autant l’accepter ?

Ce type de question ne peut être réglé au cas par cas. Il faut décidément qu’une réflexion plus large soit menée sur le devenir des églises, et que le problème soit pris à bras le corps. Qui d’autre pour le faire que la ministre de la Culture ? Qui d’autre est pourtant plus absent des débats actuels que celle-ci ? Nous attendons encore une réaction d’Aurélie Filippetti sur les destructions récentes des églises de Saint-Aubin-du-Pavoil, d’Abbeville et de Gesté, qui ont toutes eu lieu ces derniers mois. On nous citera bien sûr le cas de l’église Saint-Gemmes-d’Andigné, également en Anjou, sur laquelle la DRAC a posé une instance de classement qui court jusqu’au 1er mars 2014. Mais depuis l’affaire de la halle de Fontainebleau, on peut s’interroger sur la réelle volonté de l’État de mener à son terme ce type de protection.
Seul celui-ci peut pourtant aujourd’hui imposer certaines règles, la première d’entre elles consistant à entretenir les bâtiments. Il est tout de même invraisemblable que l’on oblige les particuliers à ravaler leurs immeubles et à les entretenir, et que cette simple gestion en bon père de famille soit optionnelle pour les mairies. Dans la plupart des cas, la question de la conservation d’un bâtiment ne se poserait pas si celui-ci était régulièrement entretenu.

Il faudrait également prendre le problème à bras le corps en engageant au niveau national une réflexion sur ce sujet, qui ne partirait pas de la question : « peut-on tout conserver ? », mais « comment tout conserver ? ».

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