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UNE PARTICULARITE DES EGLISES DU PUY-DE-DÔME:L'AMENAGEMENT D'UN PORTAIL SUR LE CÔTE SUD

18 juillet 2017

Camille Paddeu étudiante à l'Ecole du Louvre a été stagiaire à l'OPR. Elle a inventorié et étudié les églises du Puy-de-Dôme durant son stage. Elle a pu remarquer que de nombreux édifices Auvergnats avaient la particularité de présenter un portail d'entrée non sur la façade occidentale, comme il est de rigueur, mais sur la face méridionale.

INTRODUCTION

Lors de mon stage au sein de l’OPR, j’ai été chargée d’inventorier les communes du Puy-de-Dôme, en Auvergne-Rhône-Alpes de la commune de Vodable, avec l’église de la Nativité-de-Saint-Jean-Baptiste (ou Saint-Georges Saint-Blaise) à l’église de Sainte-Agathe. J’ai également traité plusieurs édifices de Thiers et Clermont-Ferrand, et inventorié deux des cinq églises dites « majeures » du Puy-de-Dôme, à savoir la basilique Notre-Dame d’Orcival et l’église Saint-Austremoine d’Issoire. Mon travail s’étant uniquement porté sur des édifices catholiques, il ne sera question que d’églises et d’une chapelle.


Au cours de mon inventaire, j’ai pu remarquer que de nombreux édifices avaient la particularité de présenter un portail d’entrée non pas sur la face occidentale, comme il est de rigueur, mais sur la face méridionale. J’ai également pu distinguer deux possibilités d’ouvertures : certains édifices comportaient une entrée unique, au sud, tandis que d’autres comportaient plusieurs ouvertures, généralement un portail principal à l’ouest et un portail au sud, qui fait alors office d’entrée secondaire.


Après une présentation géographique et historique de la région, nous nous intéresserons donc aux raisons qui ont conduit les bâtisseurs de ces édifices à aménager une entrée sur la face méridionale, et nous distinguerons les deux types d’ouvertures, à savoir unique ou multiple.

 

LE PUY-DE-DÔME, TERRE CHRETIENNE ANCREE DANS LA TRADITION

Géographie

Département du centre de la France localisé dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, l’actuel Puy-de-Dôme fut créé pendant la Révolution Française, le 5 mars 1790, en application de la loi du 22 décembre 1789. Il fut alors divisé en 8 districts et avait pour chef-lieu Clermont-Ferrand. Il correspond à une ancienne subdivision administrative appelée « Basse-Auvergne », et tire son nom d’un volcan, le puy de Dôme. Ce département appartenait auparavant à l’ancienne région Auvergne, mais cette dernière fut supprimée le 1er janvier 2016 dans le cadre de l’Acte III de décentralisation. Le département du Puy-de-Dôme est désormais intégré à la région Auvergne-Rhône-Alpes. D’une superficie de 7 969,7 km2, il comptait 640 999 habitants en 2013, 31 cantons et 467 communes. Son numéro de département est le 63.

Le Puy-de-Dôme est un territoire sujet à de nombreuses transitions climatiques. En effet, la pluviométrie est très variable, ainsi, les montagnes du Sud-Ouest (Sancy et Cézallier) sont abondamment arrosées et enneigées, alors que les Limagnes au centre sont protégées mais ont régulièrement des orages. Le Puy-de-Dôme est l’un des départements les plus orageux de France, avec des orages parfois très violents. Cela s’explique par le relief du département : on trouve un relief varié allant du plateau à la colline, en passant par les plaines et les volcans, qui attirent la foudre. Il y a aussi une forte influence des masses d’air : air continental et humide de l’Auvergne, air chaud du sud du massif central, air frais et légèrement humide en provenance de l’Atlantique. Le climat orageux de la région joua un rôle non négligeable dans la disposition des portails d’entrées comme nous allons le voir.

 

Un peu d'histoire...

Si l’histoire du Puy-de-Dôme n’est pas aussi ancienne que celle de l’Auvergne, le Puy-de-Dôme étant ancré cette région, les deux sont donc étroitement liés. En effet, l’Auvergne est un territoire uniforme par de nombreux aspects, notamment par son histoire et son architecture. L’Auvergne est une région très imprégnée de la foi catholique, et a montré un profond respect pour la religion y compris pendant la Révolution Française. Cela s’en ressent dans l’architecture.


L’Auvergne tire son nom des Arvernes, l’un des 54 peuples gaulois présents en Gaule du VIIe au Ier siècle av. J.-C. Au terme de nombreuses batailles contre les romains, la région devint romaine. Cependant, à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle, l’Auvergne est évangélisée par saint Austremoine, qui devient le premier évêque de la région. Il prêche la nouvelle religion, accompagné de ses diacres et de ses disciples, dont le culte comme celui d'Austremoine a perduré jusqu'à aujourd'hui, et dont les prénoms se retrouvent partout en Auvergne, dans les noms des villages, des églises et des montagnes : Mary, qui évangélise la Haute-Auvergne avec Mamet, Anthème, Nectaire,qui aura lui-même pour disciple Beaudime, Cerneuf et Genès. Saint Austremoine fonde un monastère à Issoire, où il est enterré. Le christianisme se répand rapidement, transformant les lieux de cultes et de pèlerinages païens en églises et en pèlerinages chrétiens malgré les persécutions, qui donnent à l'Auvergne ses martyrs, comme saint Julien de Brioude et saint Ferréol. Se propageant d'abord en ville, le christianisme inonde les campagnes, porté par saint Amable, saint Alyre (le quatrième évêque d'Auvergne), saint Flour… Au Ve siècle, le christianisme est solidement implanté en Auvergne, et l'autorité de l'évêque d'Auvergne s'étend sur toute la région, le diocèse se confondant avec le cadre administratif.


L’Auvergne, toujours romaine à cette époque, est alors cédée aux Wisigoths par les Romains en 475, mais passe ensuite sous domination franque à partir de 507 avant de passer sous l’influence du duché d’Aquitaine à la fin du VIIe siècle, où ce sont les évêques d’Auvergne qui exercent le pouvoir. Ces derniers fondent de nombreux monastères et font de l’Auvergne une place importante de la chrétienté.


Surviennent ensuite des épidémies et des invasions qui sont à l’origine du mouvement de la « Paix de Dieu », un mouvement qui naît en Auvergne au milieu du Xe siècle. L’évêque de Clermont Etienne II convoque en 958 la première assemblée de paix en Auvergne car c’est une région particulièrement ouverte aux influences monastiques, ainsi l’impact y est plus fort. Ces assemblées avaient pour but de protéger le patrimoine ecclésiastique, mais aussi les pauvres, à savoir ceux qui ne pouvaient se défendre comme les paysans, les clercs et les moines. Il était aussi question de défendre les intérêts des seigneuries ecclésiastiques contre les intérêts des seigneuries laïques, et de moraliser la conduite des chevaliers. Ainsi, les seigneurs vont garantir la protection aux ecclésiastiques contre un revenu, ces derniers ayant acquis au fur et à mesure une grande autorité spirituelle, notamment avec la construction de Cluny. Ce mouvement fondera les bases morales de la société médiévale occidentale.


L’Auvergne est aussi la source du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est en 950, lors du tout premier pèlerinage de Gotescalc, évêque du Puy-en-Velay, que la Via Podiensis entre dans l’histoire comme l’un des 4 chemins menant à Saint-Jacques de Compostelle. Les abbayes fleurissent dans la région et étendent leur renommée, devenant de véritables foyers intellectuels. Entre 950 et 1150, on assiste à une période faste pour l’histoire de l’architecture auvergnate : il s’agit de la naissance de l’art roman auvergnat, qui va laisser de profondes traces dans l’histoire de l’architecture de la région. En effet, c’est ce style qui va prédominer pour la construction des édifices religieux catholiques, et même après la fin de la période romane, c’est ce style qui continuera d’être employé, en parallèle du style gothique, ainsi on trouvera de nombreuses églises de style néo-roman ou néo-gothique. C’est également à cette période que sont construites les cinq églises dites « majeures » du Puy-de-Dôme et qui font aujourd’hui la renommée de la région. Par ailleurs, la place importante de l’Auvergne et notamment du Puy-de-Dôme est indéniable pendant le Moyen-Age, puisque c’est à Clermont-Ferrand qu’à lieu le concile de Clermont en 1095 lançant l’appel à la Croisade.


Le XIIe et le XIIIe siècle sont quant à eux marqués par une division du territoire auvergnat. En 1147, à la mort de Robert III d’Auvergne en croisade, son fils Guillaume le Jeune est dépossédé de ses terres par son oncle Guillaume l’Ancien. On assiste alors à un partage des terres du comté, Guillaume l’Ancien en conservant la majeure partie. En 1212, le roi Phillipe-Auguste s’approprie le comté d’Auvergne et le renomme « Terre d’Auvergne », qui devient par la suite duché d’Auvergne en 1360, avec Riom pour capitale. Ainsi, à la fin du XIIIe siècle, l’ancien comté d’Auvergne est divisé en quatre parties :
- Le Comté d’Auvergne (autour de Vic-le-Comte)- Le Dauphiné d’Auvergne (autour de Clermont et Issoire)
- La seigneurie épiscopale de Clermont (elle appartient à l’évêque de Clermont et est logiquement centrée autour de Clermont)
- La Terre d’Auvergne qui devient en 1360 le Duché d’Auvergne


La région ne sera définitivement réunie qu’au XIVe siècle, suite à une réunification de la Haute et de la Basse Auvergne.


L’Auvergne étant particulièrement ouverte et réceptive aux mouvements et courants religieux, c’est à Issoire, en 1540, que la Réforme menée par la doctrine luthérienne poursuit son expansion et se répand en Auvergne.


La Révolution Française fut un moment singulier de l’histoire auvergnate. La région fut déchirée entre la volonté de faire disparaître toute trace du passé monarchique et le désir de créer une France nouvelle, malgré un profond respect pour la religion et le roi. En 1790, l’Assemblée Nationale met fin à l’existence administrative de l’Auvergne, et la découpe en départements, parmi lesquels le Puy-de-Dôme. Région particulièrement conservatrice, la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 a provoqué de sérieuses résistances en Auvergne, notamment pour empêcher quiconque d’entrer dans les églises afin de spolier les biens qui se trouvaient à l’intérieur. La fin du siècle est quant à elle marquée par une baisse démographique, des épisodes de migrations vers les villes, et une stagnation économique. La Première Guerre Mondiale a également marqué une dépopulation des campagnes et un exode rural vers Clermont, dans une région profondément rurale.

 

LA QUESTION DES PORTAILS LOCALISES AU SUD

L'Art roman en Auvergne

port.jpgL’art roman est le style caractéristique de l’Auvergne, et notamment du Puy-de-Dôme. Avec plus de 250 édifices, le patrimoine roman auvergnat est un des plus riches d'Europe. L'Auvergne a connu à l'époque romane (XIe et XIIe siècles) une remarquable efflorescence spirituelle et artistique. Au coeur de la province, dans la plaine de Limagne et à ses abords occidentaux, cinq églises, d'un type accompli, brillent par une parfaite homogénéité de style. Qualifiés de « majeurs », ces sanctuaires offrent une synthèse architecturale complexe mais très précise et d'une rare puissance monumentale que l'on retrouve en chacun d'eux. Une telle unité concernant une série d'édifices est exceptionnelle dans l'art roman. L'absence d'archives ne permet pas de dater précisément les édifices ni de proposer une chronologie des chantiers de construction. Les cinq églises majeures en Auvergne ont cependant toute l'apparence d'édifices rapidement construits, en une seule campagne, à partir semble-t -il d'un modèle aujourd'hui disparu, l'ancienne cathédrale romane de Clermont.

Par l'ordonnance de son étagement, le chevet est la partie la plus belle et la plus typique des églises d'Auvergne. Tournée vers le soleil levant, la composition pyramidale se déploie des chapelles au clocher qui surmonte le massif du transept. Elle est parée d'éléments décoratifs caractéristiques : marqueteries de pierres polychromes, cordons à billettes, modillons à copeaux ... L'intérieur, dans lequel règnent les mêmes qualités d'équilibre et d'harmonie, offre un parcours conduisant de la pénombre du narthex à la pleine lumière du choeur, où tout porte le regard vers le haut. Un étage de tribunes assure la stabilité de la voûte maîtresse en berceau plein cintre. L'élan des voûtes culmine à la coupole qui surplombe une cage ajourée de plan carré symbolisant le passage de la terre au ciel. Une crypte, à l'atmosphère intime et recueillie, développe en sous-sol le plan du choeur.

austremoine.jpgAbbatiale Saint-Austremoine d'Issoire : c’est une église romane de la fin du XIe et début du XIIe siècle. C'est la plus grande des églises romanes de Basse Auvergne et un des édifices majeurs du sud du Puy-de-Dôme.

 

                                                                                   
Le portail sud, une spécificité Auvergnate?

Comme nous l’avons vu dans l’introduction, nous avons pu remarquer au cours de notre inventaire que de nombreuses églises présentaient un portail localisé sur la face sud des édifices. Nous avons également pu remarquer deux tendances :
• D’une part, un portail d’entrée unique au sud
• D’autre part, un portail d’entrée secondaire au sud


En effet, nous avons pu observer sur certains édifices qu’il n’y avait pas qu’une seule entrée, et qu’on trouvait régulièrement une entrée secondaire au Sud. On peut par conséquent s’interroger sur les raisons de la présence de ce portail sur la face méridionale des édifices. On trouve assez peu de publications sur l’architecture romane de la Basse-Auvergne, ainsi nous nous baserons sur les informations collectées sur la Haute-Auvergne, qui sont aisément applicables pour la Basse-Auvergne, tout en gardant une certaine distance sur ces informations.

Il apparaît que l’aménagement d’un portail sur la face sud d’un édifice relève vraisemblablement d’un souci de confort, d’une recherche de lumière et de chaleur. En effet, comme nous l’avons évoqué, l’Auvergne et par conséquent le Puy-de-Dôme sont en proie à de violents orages, d’importants épisodes de pluie accompagnés de vents violents, avec des températures très variables. On sait qu’il est d’usage d’aménager le portail principal sur la face occidentale de l’église, mais dans le cas du Puy-de-Dôme, aménager ce-dit portail sur la face méridionale de l’édifice permet d’être à l’abri des vents violents qui risquent moins de pénétrer dans l’église, ce qui permet à l’édifice de conserver une température convenable. En effet, il semble que les vents d’ouest soient plus forts et plus fréquents que les vents du sud, qui sont plus rares et moins violents. Le côté sud est aussi le côté qui est le plus à l’abri du vent et qui possède la plus fort ensoleillement. C’est pourquoi dans ces certaines églises comme l’église Saint-ronzières.jpgMaurice à Usson ou encore Notre-Dame de Ronzières à Tourzel-Ronzières (voir photo), on trouve un porche, qui permet d’être davantage à l’abri des vents. Cet aménagement témoigne davantage d’une vision pragmatique qu’esthétique ou symbolique.


Viollet-le-Duc avait établi qu’il existait une hiérarchisation des portails : il était notamment question de la distinction entre portail principal et portail secondaire. Le portail principal se trouve sur la façade principale de l’église, généralement à l’ouest. Le portail secondaire, s’il existe, est alors localisé sur un des murs gouttereaux de l’édifice, nord ou sud, et dans le cas de l’Auvergne il est souvent localisé au sud, comme nous l’avons vu, pour des raisons climatiques et pratiques avant tout. En Auvergne, et plus particulièrement dans le Puy-de-Dôme, la présence d’un portail au sud relève vraisemblablement d’une tradition fortement ancrée depuis le Haut Moyen-Age, et qui perdura de nombreux siècles.


Si on se base sur des données géographiques, on constate qu’en Basse-Auvergne, on trouve souvent des édifices à trois vaisseaux et plusieurs portails, avec très souvent une mise en valeur de la porte méridionale. Si les constructeurs de ces édifices ont parfois continué d’aménager une ouverture sur la face ouest, il s’avère que parfois cela relève plus d’une convention, d’une référence architecturale que d’une véritable volonté d’aménager une porte à cet endroit. De plus, on constate que les églises présentant un portail méridional comme entrée unique sont davantage localisées sur un axe Nord-Sud lorsque l’on observe une carte du Puy-de-Dôme. D’autre part, les églises dont le portail méridional correspond à une entrée secondaire sont localisées davantage sur un axe Est-Ouest. Ainsi, on peut imaginer qu’une tradition architecturale particulière ancrée dans cet axe Nord-Sud du Puy-de-Dôme. De même, on observe que pour certaines églises, il s’agit de l’église elle-même qui est désaxée, parfois orientée au nord, ainsi le portail principal se trouve non pas sur la face occidentale mais sur la face méridionale.

sayat.jpgOn peut aussi estimer que l’emplacement du portail de l’église et le réseau des rues sont liés. A plusieurs endroits comme à l’église de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge à Sauxillanges, ou à l’église Saint-Vincent de Sayat (voir photo), on constate que la façade occidentale ne permet pas d’aménager un portail, car des maisons sont parfois collées à l’édifice, ou alors que l’aménagement urbain ne permettait pas de percer une porte à cet endroit. En effet, l’emplacement d’un cimetière à proximité rend parfois impossible l’aménagement d’un portail à cet endroit. C’est par exemple le cas pour l’église Saint-Jean-du-Passet à Thiers.

On se rend compte que les raisons qui ont pu pousser les constructeurs à percer des portes au sud sont multiples. Il y a sans doute un aspect fortement lié au climat, un autre lié à l’aménagement urbain, ou encore une forte tradition qui perdure et qui a parfois tendance à négliger les portails ouest. Nous allons maintenant étudier quelques exemples, afin de mieux comprendre comment chaque ville ou village a mis en pratique cet aménagement.


Sur les 39 édifices recensés au cours de notre inventaire, nous avons dénombré 17 édifices présentant un portail d’entrée sur la face méridionale. Sur ces 17 édifices, 10 présentent un portail d’entrée unique sur la face sud, et 7 présentent des entrées multiples, dont une sur la face sud de l’édifice. Cela représente environ 44,7 % des édifices répertoriés.

Le portail sud comme entrée unique

Pour les édifices comportant une seule entrée, on se situe dans des villes ou des villages peu peuplés depuis leur création, ainsi on peut supposer que les constructeurs de ces églises ont jugé utile de n’aménager qu’une seule entrée, car ce sont généralement des églises de petites dimensions, parfois même des chapelles. Ainsi, si un village n’est pas fortement peuplé, il peut sembler inutile de bâtir une grande église ouvrant à plusieurs endroits, cela engendrerait une perte d’espace. Ce type d’aménagement relève donc d’un aspect pratique. De plus, si l’église est sujette à des vents violents ou des orages, il n’est pas utile d’ouvrir l’édifice sur plusieurs côtés, cela l’exposerait à des courants d’air. Il faut également prendre en compte la topographie, et l’aspect pratique qui a fait que ces églises ont leur entrée localisée sur la face sud de l’édifice. L’exemple le plus représentatif de ce type d’aménagement est l’église Saint-Maurice à Usson (voir photo), qui présente un portail inscrit sous un porche, ou encore l’église Notre-Dame de Ronzières . Ce type d’aménagement est particulièrement utile comme nous l’avons vu précédemment, dans une région particulièrement propice aux vents violents. Ainsi, cela permettait de rentrer et sortir de l’édifice à l’abri du vent.

Quelques fois, le portail d’entrée se trouve sur la face méridionale car l’église n’est pas orientée. Elle peut alors être orientée au Nord-Ouest, et ainsi la façade principale se trouve être la façade méridionale, comme c’est le cas pour l’église Sainte-Marie-Madeleine de Viverols (voir photo), ou pour la chapelle Notre-Dame de la Visitation à  Veyre-Monton, orientée au Nord-Est. On trouve plusieurs édifices orientés au Nord comme l’église de l'Exaltation-de-la-Sainte-Croix (Argnat) de Sayat , ou l’église de la Décollation-de-Saint-Jean-Baptiste de Sardon .

Le portail sud comme entrée secondaire

En revanche, dans le cas des églises avec plusieurs entrées, on constate que ces édifices ont généralement subi une ou plusieurs reconstructions, ce qui a parfois engendré l’aménagement de plusieurs ouvertures. De plus, les églises à plusieurs ouvertures sont généralement de plus grande taille, peut-être en accord avec le nombre d’habitants. On peut donc supposer que ces entrées multiples aient été aménagées afin de permettre une meilleure circulation des pèlerins et des fidèles, notamment dans les cathédrales ou les églises dites « majeures », qui sont de véritables lieux de pèlerinages où les fidèles déambulent à travers l’édifice pour se recueillir sur les différents autels et reliques. C’est notamment le cas pour la basilique Notre-Dame d’Orcival (voir photo) ou la cathédrale de Clermont-Ferrand. Il faut gérer le flux des fidèles, ce qui peut être fait en aménageant plusieurs entrées. En effet, l’Auvergne et particulièrement le Puy-de-Dôme avec ses cinq églises dites « majeures », est une terre chrétienne de longue date, l’une des premières à avoir été évangélisée, ainsi la religion y tient une place très importante, il a donc fallu construire des édifices capables d’accueillir tous les fidèles, notamment lors des pèlerinages comme celui de Saint-Jacques-de-Compostelle, car l’Auvergne constitue l’un des quatre chemins menant à cette ville majeure de la chrétienté.

On constate également que très souvent, dans le cas des édifices à entrées multiples, la façade occidentale est généralement une façade écran, et qu’ainsi ce sont les côtés nord et sud qui permettent de rentrer dans l’église. C’est par exemple le cas pour l’église Saint-Vincent de Sayat, ou l’église Sainte-Marguerite de Ternant-les-Eaux (voir photo). Ce type de disposition est courant lorsque l’accès à la façade occidentale n’est pas permis, généralement à cause de la présence d’un bâtiment se trouvant juste en face. Cela ne permet pas de rassemblements devant l’édifice, et gêne les entrées et sorties. Ainsi, les constructeurs ont trouvé une solution en déplaçant le portail d’entrée principal soit sur la face nord, soit sur la face sud de l’édifice, parfois sur les deux côtés comme à Sayat.

 

CONCLUSION

Région très attachée à la religion, l’Auvergne et plus particulièrement le Puy-de-Dôme a ont su adapter leurs constructions au climat, à la topographie, à l’aménagement urbain. Le style roman est celui qui a le plus laissé son empreinte, ainsi on va continuer à trouver des édifices reprenant le style roman, voire le style gothique, mais à des époques plus tardives, telles que le XVIIIe ou le XIXe siècle. On parle alors de néo-roman ou néo-gothique. Nous avons pu évoquer à travers ce rapport de stage les différentes raisons qui auraient pu pousser les constructeurs de ces édifices à déplacer l’entrée des églises sur la face sud plutôt que sur la face ouest, comme il est d’usage. Nous avons vu que les raisons étaient principalement climatiques, mais que l’aménagement urbain jouait également un rôle important. Il est également possible que la présence d’un portail sur la face méridionale des édifices relève d’une tradition fortement ancrée dans la culture religieuse auvergnate, une tradition qui s’est propagée au fil des siècles. Enfin, on observe une répartition géographique en fonction des lieux d’ouvertures. Sur un axe Nord-Sud, on trouve davantage d’édifices avec un portail méridional unique, tandis que sur un axe Est-Ouest, on trouve davantage d’édifices avec plusieurs portails, dont un au sud.

 

Bibliographie:

Roux, Caroline
2004 La pierre et le seuil: portails romans en Haute-Auvergne, pp. 69 à 114
Roux, Caroline
2003 Les portails romans des églises de Haute-Auvergne. Architecture, sculpture et orientations, in Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 7 | 2003 : https://cem.revues.org/3592
Moulier, Pierre
1999 Eglises romanes de Haute-Auvergne: La région de Saint-Flour.
http://www.auvergne-tourisme.info/
http://www.archivesdepartementales.puydedome.fr/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27Auvergne

Camille Paddeu Stagiaire à l'OPR

 

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