Bernadette Chirac s’est éteinte le 5 juin 2026. L’Observatoire du patrimoine religieux s’associe à l’émotion suscitée par sa disparition et tient à rappeler le soutien qu’elle apporta, dès l’origine, à la cause du patrimoine religieux.
Bernadette Chirac aimait profondément la France rurale. Elle s’est engagée toute sa vie au service des territoires de notre pays, de leurs traditions populaires et de leurs fidélités locales, du Tour de France à la Corrèze, son département d’adoption. Son attachement au patrimoine prenait racine dans son éducation comme dans ses convictions : elle y voyait un outil de permanence et de transmission, à l’heure d’une mondialisation accélérée.
Elle savait combien cette transmission compte, y compris pour les édifices les plus modestes, dans les villages et les territoires ruraux comme dans la capitale. Jacques Chirac avait lui-même engagé à Paris, dans les années 1990, un « plan églises » qui traduisait cette même attention au patrimoine religieux. Plus discrètement, cette préoccupation trouva aussi un prolongement dans le champ hospitalier : grâce au soutien de Bernadette Chirac, l’Observatoire du patrimoine religieux put conduire une campagne de recensement et d’état des lieux sanitaire des chapelles des hôpitaux de l’AP-HP.
Cette attention aux lieux disait beaucoup de sa conception du patrimoine. Le patrimoine religieux, parce qu’il parle à l’art, à la foi, à la mémoire collective et à la continuité des générations, dépasse toujours le seul cadre d’un édifice. Il relie les territoires à une histoire commune.
Son soutien à l’Observatoire s’inscrivait également dans le prolongement d’une amitié de plus de cinquante ans. Bernadette Chirac et Béatrice de Andia se connaissaient depuis l’adolescence. Elles étaient devenues amies durant leurs années de formation à Sciences Po, au début des années 1950, dans le cercle où Bernadette Chodron de Courcel rencontra Jacques Chirac. Cette fidélité traversa les décennies : jusqu’au décès de Béatrice de Andia, elles continuaient chaque année de célébrer ensemble les années qui passent.
C’est donc très naturellement que Bernadette Chirac accompagna le lancement de l’Observatoire du patrimoine religieux, fondé par Béatrice de Andia. L’Observatoire voulait favoriser « la connaissance, la reconnaissance et la mise en valeur » du patrimoine religieux. Le texte fondateur rappelait l’ampleur de ce patrimoine, composé de « cathédrales, églises, chapelles, temples, synagogues ou mosquées », mais aussi des tableaux, sculptures et objets d’art qui leur sont liés.
L’ambition était déjà très claire : fédérer les travaux de recherche, de protection et de mise en valeur, et faire prendre conscience de la richesse d’un patrimoine souvent situé « hors des musées ». Le texte fondateur évoquait ce patrimoine comme le témoin de « 2000 ans d’histoire de France » et comme le « plus grand musée d’architecture, de sculpture et de peinture de la Nation ». Il appelait aussi à agir face aux risques d’abandon, de désaffectation ou de vente d’édifices religieux, notamment dans les territoires ruraux.
Autour de Bernadette Chirac, ce parrainage fondateur rassembla de nombreuses personnalités issues du monde politique, religieux, culturel et patrimonial. Parmi elles figuraient notamment Christian Poncelet, président du Sénat, Paul cardinal Poupard, président du Conseil pontifical de la culture, Jean-Louis Debré, Christine Albanel, Alain Erlande-Brandenburg, Pierre Nora, Jean-Michel Leniaud, Françoise Cachin ou encore André Vingt-Trois, archevêque de Paris.
L’Observatoire du patrimoine religieux garde le souvenir reconnaissant de ce soutien initial. Bernadette Chirac avait compris que le patrimoine religieux n’est pas seulement un héritage à conserver : il est une cause commune, à la fois territoriale et universelle, qui engage notre rapport à l’histoire, à la beauté et à la transmission.


